Le Pachat

Jean-Léon GEROME (1824-1904)

La douleur du Pacha, 1885

Huile sur toile

92.7 x 73.6 cm

Joslyn Museum of Art, Omaha (Nebraska), en prêt au musée d’Orsay

Il serait presque inconvenant de s’exprimer sur une œuvre si directe et si émouvante. Ce tableau s’inspire du poème éponyme de Victor Hugo datant de 1829, extrait des Orientales. On peut reprocher à Jean-Léon Gérôme, grand peintre académicien du XIXe siècle et figure majeure du mouvement orientaliste, son manque de créativité et sa technique un peu trop lisse. Je pense pourtant qu’il est difficile de rester insensible devant une telle scène. Très bien renseigné sur l’Orient arabe, notamment par de nombreux voyages, l’artiste a parfaitement contextualisé la scène. Nous voici dans ce grand palais de marbre froid aux multiples arcatures polylobées et au décor minutieux de stuc. Sentez-vous ce silence inhabituel qui règne dans la demeure royale, seulement entrecoupé par le son de l’eau s’épanchant de la fontaine au second plan ?

Comme nous l’indique l’éclairage de l’œuvre, le soleil est déjà bas dans le ciel ; les flammes des énormes bougies oscillent lentement dans le crépuscule. Au sein de cette atmosphère propre au recueillement et à la méditation, s’étale l’oblique du tigre gisant, contredisant les grandes lignes verticales du tableau. Le regard est aussitôt attiré par cette masse au pelage clair, semblant se reposer paisiblement. Seule touche de lumière de la composition, elle est accentuée par les couleurs vives des tapis et des pétales de fleurs qui l’entourent.

Ce n’est qu’après que l’on remarque le pacha, sombre et recroquevillé à l’inverse de son animal. Inutile de lire le titre de l’œuvre pour comprendre la scène. L’homme pleure son félin favori, mais de manière introvertie, le gardant à une distance presque respectueuse de l’animal. On en viendrait à avoir peur de faire du bruit devant cette toile, pour ne pas troubler les pensées du pacha et l’éternel repos de la bête.

Louise

Publicités