Coquillages et Crustacés

Jean-Siméon CHARDIN (1699–1779)
La Raie, vers 1725
1.14 x 1.46 m
Musée du Louvre

Choix audacieux que de présenter une nature morte, d’autant plus lorsqu’elle s’organise autour d’un élément réellement mort.

Pourtant, c’est la vie que l’on ressent dans ce tableau. Celle qui se dégage du chat, alerte, mais aussi celle qui est suggérée par cette composition : les huîtres fraîches, « se prélassant dans leur coquille nacrée » comme le dit si bien Tolstoï, sont prêtes à être dégustées d’un coup de fourchette. Les poissons vont être vidés et cuisinés. La raie, trônant majestueusement au centre, point d’orgue de la composition pyramidale, gardera certainement son rôle prépondérant lors du repas, en pièce maîtresse des mets réunis. Une profusion gustative à venir.

Mais l’artiste a choisi ici de représenter l’instant d’avant le festin, le calme avant la tempête. Le hiératisme de la nature morte permet de s’attarder sur les ingrédients en eux-mêmes, sur la splendeur d’un modeste poisson luisant sur une table de bois. Voyez le scintillement des écailles, l’humidité et la translucidité des chairs fraîches, sentez ces produits de la mer parfumés à l’eau iodée. Les touches floues du peintre aident au discours, accentuant la réflexion de la lumière et apportant un caractère spontané à cette toile qui a pourtant dû demander d’interminables heures de travail (il s’agit en effet du morceau de réception de Chardin à l’Académie).

Il règne dans ce tableau une solennité presque mystique ; on compare parfois même la raie évidée au Christ crucifié. Rompant l’immobilité mais non le caractère grandiloquent de l’œuvre, le chat évite à la scène de sombrer dans le macabre. A table !

Publicités