Sur la vague

Trente-six vues du Mont Fuji, "Sous la vague au large de Kanagawa" (« la grande vague »), 1830-32© Thierry Ollivier / RMN

Trente-six vues du Mont Fuji, « Sous la vague au large de Kanagawa » (« la grande vague »), 1830-32
© Thierry Ollivier / RMN

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La « grande vague » d’Hokusai est connue de presque tous, que l’on soit adepte ou non de l’art japonais. Etant sensible à cette estampe majeure mais néophyte en la matière, j’ai souhaité profiter de l’exposition du musée Guimet pour me pencher sur l’œuvre du maître. Arrivée la tête pleine de préjugés, je suis ressortie heureuse d’en avoir mis une bonne partie au rebut.
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Guerrier sur un cheval cabré, Vers 1830© Thierry Ollivier / RMN

Guerrier sur un cheval cabré, Vers 1830
© Thierry Ollivier / RMN

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La première révélation de l’exposition, qui s’impose dès le début du parcours, est que l’on trouve étonnamment beaucoup de figures humaines chez Hokusai. Même dans Sous la grande vague […] (montrée généralement tronquée), on peut voir des personnages affolés, agglutinés dans les barques secouées par les remous.

Mais si l’homme abonde dans les compositions de l’artiste, il apparaît presque toujours dominé par la nature, subissant de grandes bourrasques de vent ou appréhendant une vague démesurée déferlant sur la côte. On sent l’admiration teintée d’appréhension qu’a l’artiste pour les quatre éléments, à la fois indispensables et redoutables sur une terre comme le Japon. On note l’omniprésence de l’eau, dont le flot se confond avec le ciel dans le lointain.
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Trente-six vues du Mont Fuji, Le Fuji bleu, Vers 1832-1835© Thierry Ollivier / RMN

Trente-six vues du Mont Fuji, Le Fuji bleu, Vers 1832-1835
© Thierry Ollivier / RMN

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On a souvent tendance à penser que le peintre et graveur résume l’art de l’Extrême-Orient ; le texte d’introduction ainsi que les œuvres présentées nous prouvent bien le contraire. Si Hokusai reste en apparence très pittoresque pour nous, il n’en fut pas moins novateur et ouvert sur l’Occident. En effet, il a mêlé à la technique et aux thèmes japonais l’utilisation européenne de la perspective ; c’est en cela que résident toute son innovation et son grand naturalisme.

Ses estampes sont également célèbres pour leur bleu profond qui peut être facilement dilué dans de superbes dégradés : il s’agit-là du bleu de Prusse, comme son nom l’indique découvert à Berlin au début du XVIIIe siècle. Pas très local.
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Le pêcheur de Kajikazawa, c. 1830

Le pêcheur de Kajikazawa, c. 1830

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Le troisième cliché qui trotte généralement dans notre esprit veut que l’art japonais soit très précis et minutieusement délimité. Or l’exposition nous démontre que le maître ne cerne pas systématiquement ses figures, et laisse parfois les teintes se fondre pour un rendu que l’on qualifierait aujourd’hui d’impressionniste (cf. Le Fuji bleu). A l’inverse, il peut styliser les contours jusqu’à évoquer la montagne en deux coups de pinceaux (cf. Le pêcheur de Kajikazawa).


.Enfin, on découvre que l’artiste ne se contente pas de travailler les couleurs et les contours, mais joue également avec le relief. En vous penchant un peu, vous verrez le gaufrage du papier, jouant discrètement avec la lumière, qui apporte une dimension toute différente aux œuvres.
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 Mille Images de l’océan, Chôshi dans la province de Shimosa, 1832-1834© Thierry Ollivier / RMN

Mille Images de l’océan, Chôshi dans la province de Shimosa, 1832-1834 © Thierry Ollivier / RMN

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D’un point de vue pratique, on notera la présence de nombreux termes japonais, rarement expliqués, ce qui rend la lecture des cartels difficile. Autant éviter de faire votre visite en fin de semaine, l’affluence étant désagréable (en temps normal) dans une exposition qui ne rassemble que des petits formats.On vous la conseille, pour admirer des chefs-d’œuvre très fragiles, donc rarement divulgués, et pour ensuite se perdre dans le superbe musée.

 

Musée Guimet
6 place d’Iéna, Paris 16e
Métro ligne 9 arrêt Iena

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