Pablo, Gjon et les trobinoscopes

Avez-vous déjà entendu parler de Gjon Mili ? Si non, bienvenue dans la bande (si oui, vous pouvez quand même rester). Renseignements pris, il s’avère que cet homme d’origine albanienne a émigré aux Etats-Unis à l’âge de dix-neuf ans, où il a exercé le métier de photographe pour le magazine LIFE. Il a également dirigé le très beau et très jazzy court-métrage « Jammin’ the Blues » en 1944, que vous pouvez visionner ici.

Mais Mili est avant tout célèbre pour avoir été l’un des premiers à utiliser les stroboscopes en photographie, de manière à décomposer une action pour qu’une suite de mouvements (et non plus un seul) apparaisse sur une même photographie. C’est au cours d’une rencontre avec Picasso sur la Côte d’Azur en 1949 que le photographe va montrer tout le caractère ingénieux et artistique de sa méthode. A l’aide de deux appareils, un placé de face, l’autre de profil, Gjon va immortaliser Pablo peignant… avec de la lumière.

Bien sûr, ces photos nous marquent parce qu’elles permettent de rendre visible un « dessin » immatériel, de voir toute l’habileté du maître cubiste rien qu’avec une lampe de poche ; également parce que la lumière capturée en photographie a toujours un côté émouvant, presque nostalgique (bon, ça c’est mon avis). Mais Mili est allé plus loin que cet aspect technique en réussissant à capturer l’interaction entre l’artiste et son œuvre. Concentré dans son travail ou jouant avec l’objectif, c’est lui qui donne un véritable sens aux clichés ; voyez celui sur lequel n’apparaît pas Picasso, comme il semble bien plus fade.

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