La femme et le nu

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La Femme blonde (1919)

Albert MARQUET (1875-1947)

Huile sur toile

 98,5 x 98 cm

Centre Pompidou, Paris

Le nu n’a jamais été mon sujet de prédilection. Trop sexuel pour être artistique voire complètement répugnant, ce thème me touche assez peu (mais pas de généralité). Étonnamment, cette « Femme Blonde » m’a envoûtée au premier regard.

En effet, j’ai l’impression que l’artiste n’a pas cherché à représenter un corps nu mais une femme le plus simplement possible, sans atours. La vérité, rien de plus. Assise sur ce tissu floral et coloré (rappelant le fond des toiles de Matisse, grand ami du peintre), les yeux perdus dans le vague, elle s’expose au regard du spectateur sans jouer avec lui. Il en ressort que la dimension sensuelle de l’œuvre est presque involontaire ; on en aurait des scrupules à l’observer. L’œil est pourtant attiré par ce corps laiteux et parfaitement proportionné, rappelant les statues marmoréennes antiques légèrement en chair et très féminines. On peut en ressentir le modelé, l’épiderme doux et ferme.

L’aspect simple, presque impromptu de la nudité de cette figure peut pourtant être nuancé, si l’on s’attarde sur son visage. Sous les cheveux cendrés se détachent des bijoux fins mais précieux, comme oubliés là. Les joues et les lèvres nous interpellent également, particulièrement roses.

Qui est-elle ? De par le geste que l’on devine automatique de son bras droit, occultant son intimité, elle témoigne d’une certaine pudeur. La discrétion, l’élégance et la pose peu évocatrice nous amènent à penser qu’il ne s’agit pas d’un modèle habitué à s’exposer. Mais Marquet a-t-il pu convaincre une femme de la bourgeoisie de se déshabiller pour lui ?

La réponse à cette question qui nous taraude n’apporterait pourtant rien de plus à la toile, qui gagne à conserver ce mystère.

Louise

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