Margaux Lonnberg x JBMT

Il faut le dire, chez JBMT nous sommes des lecteurs de longue date du blog The Killing Moon, tenu par la belle et talentueuse Margaux. La jeune fille a fait connaître son style californien au travers de l’objectif de Garance Doré, en 2008 puis en 2009. On a également pu apercevoir son joli minois aux cheveux de surfeuse devant la caméra du journal l’Officiel, et la voilà depuis quelques mois directrice de sa propre marque de vêtements, Margaux Lonnberg. Loin du cliché de la blogueuse mode écervelée et désormais véritable créatrice, elle a su établir un univers bien à elle.

 

Bonjour Margaux,

Tu crées des vêtements sobres et parfaitement coupés, enchaînes sur The Killing Moon les sélections musicales délectables, fréquentes le monde de la mode et du journalisme… Nous brûlions d’envie de dresser ton portrait culturel.

Commençons de manière générale : ta personnalité paraît s’être établie entre Paris et la côte Ouest des États-Unis ; peux-tu nous expliquer ce qui t’attire dans ces deux mondes, pourtant très distincts ?

C’est plus mon style que ma personnalité qui a ce côté californien. Il faut dire que mon apparence pas vraiment parisienne vient aussi de mes origines scandinaves, qui me donnent une « gueule » spécifique.

Pour le reste, je mélange les influences. Tout est parti de mon éducation. J’ai toujours été confrontée à la musique étrangère, et mon père étant marchand d’art, j’ai aussi beaucoup fréquenté d’artistes de différentes nationalités. C’est au final autant une question de culture (musicale…) qu’une question de curiosité, les deux étant liés : mon éducation a formé mon goût. Il ne faut donc pas croire que je me cantonne à la culture de l’ouest des États-Unis.

Tu publies très régulièrement des morceaux envoûtants et peu connus (j’avoue laisser régulièrement ton blog en jukebox tout en travaillant) : où trouves-tu toutes ces pépites ?

J’ai pas mal d’amis qui travaillent dans la musique, en majorité aux US. J’ai la chance d’être entourée des passionnés qui partagent leurs coups de cœur. Sinon je fouille, par exemple en recherchant les morceaux originaux qui ont été remixés par certaines de mes « références » comme Shlohmo ou Nicolas Jaar, ou en surfant sur Soundcloud et certains sites américains. Cette recherche se fait naturellement, j’agissais de cette manière bien avant mon blog !

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Un style musical particulier ?

Depuis trois ans une nouvelle génération d’électro a pointé le bout de son nez, mélangeant complètement les références ; tout ça est arrivé grâce à internet, notamment par le mix. J’adore la richesse qui en ressort, le fait que les frontières s’effacent. Mais sinon j’écoute de tout, j’aime beaucoup la musique classique, les remix de chansons françaises, le hip-hop américain, la bossa nova, le rap français, Bashung…

Selon toi, la culture se trouve-t-elle plus dans les musées ou dans la rue ? Un lieu favori ?

Dans la rue, incontestablement. Je regrette d’ailleurs qu’il manque à Paris des endroits où les jeunes puissent se retrouver et créer, sans véritable institution – on trouve ça sur Internet, mais sur aucun site urbain parisien.

Je considère que la culture se fait par elle-même. Le désir, la curiosité et la recherche en sont à l’origine, le musée ne fait qu’affiner le jugement. Je pense que la sensibilité et la culture s’acquièrent seul : j’adore l’art contemporain, j’ai fait mes études dans ce milieu, mais c’est la curiosité qui m’a véritablement formée.

Y a-t-il des classiques incontournables (livre, film…) qui t’ont fait succomber ?

J’aime beaucoup le réalisateur Jim Jarmusch. En musique, il y en a tellement ! Gainsbourg, Janis Joplin, les Rolling Stones… Et pour ce qui est de la littérature, j’adore Milan Kundera (L’Insoutenable Légèreté de L’Etre) et Alberto Moravia, dont le livre L’Ennui illustre parfaitement notre génération.

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Tu es célèbre pour tes nombreux tatouages ; est-ce pour toi une forme d’expression artistique  ?

Pas du tout. Le faire pour l’art reviendrait à le faire pour les autres. Mes tatouages sont en rapport avec moi, d’ailleurs ils sont situés à des endroits peu visibles. Je les ai faits par désir, pas par volonté artistique.

Toi qui côtoies l’envers du décor, le journalisme de mode t’inspire-t-il plus de l’attrait ou du dégoût ?

Pour ce qui est de mon blog, je l’ai créé sans penser qu’il allait marcher. J’ai toujours aimé les vêtements sans pour autant suivre la mode (je suis incapable de te citer la pièce ou la couleur du moment).

En revanche, j’ai toujours eu un rapport très doux avec le monde de la mode. Mais en étant objective, c’est un milieu très dur et sans pitié axé sur la consommation et l’éphémère. Je fuis d’ailleurs ce côté-là, en cherchant à créer une image de notre temps et pas d’une saison. J’établis un style, une « dégaine » qui essaie d’incarner les désirs (de style) de notre génération. Je ne conçois pas la mode « poubelle », la mode « jetable ».

Des jeunes artistes ont-ils retenu ton attention dernièrement?

J’adore le créateur Olivier Theyskens que j’ai interviewé il y a quelques mois (j’étais stressée, moi qui ne suis pas du tout journaliste). J’ai vraiment accroché : c’est un vrai artiste, de son temps, qui fait ce qu’il ressent, que ne subit aucun diktat. Il ne suit pas la mode, il fait la mode. Nos conceptions de la mode sont très proches au final.

Merci pour tout Margaux !

Louise

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