Une paire de jumelles et un chapeau en raton laveur

Le film Moonrise Kingdom a fait sensation dès sa sortie en mai 2012. Nommé dans neuf catégories au 65e festival de Cannes, il a semblé ravir le grand public ; les critiques positives fusaient, les uns exprimaient leur joie de voir Bruce Willis sous les traits d’un vieux garçon, les autres s’extasiaient jusque devant la robe 60’s de la jeune protagoniste… Réactions proportionnées ou exagérées ? JBMT vous donne son point de vue.

Le synopsis s’avère très simple : dans la Nouvelle-Angleterre des années 60, Sam (douze ans) tombe sous le charme de Suzy. Après quelques rapides échanges épistolaires, les deux préadolescents décident de prendre la fuite ensemble.

Pour être honnête, il m’a fallu un instant afin de rentrer dans l’histoire, toute décontenancée que j’étais devant une intrigue finalement très infantile. Ces quelques minutes étaient en fait un temps d’adaptation, et j’ai vite compris qu’il ne s’agissait là ni d’un film pour pré-pubères, ni d’un film moralisateur et paternaliste.

Avec Moonrise Kingdom, le spectateur plonge dans un univers à l’esthétique très travaillée, presque irréelle – pourtant bien contextualisée sur la belle île Prudence au large de la côte des Etats-Unis. Le regard erre avec délice entre des maisons de poupées à taille humaine et un phare aux allures de sucre d’orge ; un décor relativement proche de celui d’Edward aux mains d’argent. On devine que les coloris ont été soigneusement choisis, comme le camaïeu de bleu s’échelonnant entre les paupières de Suzy, les scarabées lui faisant office de boucles d’oreilles et son tourne-disque. Un filtre aux teintes chaudes achève de nous plonger au cœur de ces années 60 rêvées.

Au sein de cette atmosphère onirique gravitent les individus, tous caricaturaux mais crédibles : l’assistante sociale intransigeante, le père alcoolique et cocu, le policier incapable… Les acteurs gèrent avec humour l’exagération des traits de leur personnage sans tomber dans le pantomime grossier.

Mais le véritable point fort du film réside dans le fait que le réalisateur, Wes Anderson, joue sur le fil de son histoire. En effet, derrière une intrigue simple en apparence, il pointe du doigt les conventions inadaptées voire totalement incohérentes établies par les adultes (personnes dites mûres et responsables) ainsi que les jugements hâtifs. Par extension, il met en garde le spectateur lui-même, car ce dernier a dans un premier temps assisté amusé voire narquois aux déboires de Sam et Suzy avant de finalement accorder du crédit à leur amour et à leurs personnalités, peut-être les plus réfléchies de toutes.

Bonus : le coup de cœur musical de Suzy (et de JBMT), la chanson yéyé « Le temps des Amours » par Françoise Hardy.

Louise

« Moonrise Kingdom », par Wes Anderson (2012)

Avec Jared Gilman, Kara Hayward, Bruce Willis et Bill Murray

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