Entretien avec un cowboy

La douce voix de Christophe Crénel vous est certainement familière si vous faites partie des fidèles auditeurs de Radio France. Journaliste et animateur, il a également montré son minois de jeune homme effronté il y a une quinzaine d’années sur la chaîne M6.

Christophe est à considérer comme le gourou des ondes : ouvert, proche de l’actualité sans pour autant oublier les splendeurs auditives passées, il nous régale tous les jours avec des sélections musicales pointues, des découvertes en tous genres et des interviews d’artistes. On ne saurait trop vous conseiller d’écouter son émission Rodéo (du lundi au vendredi, de 15h à 17h sur le Mouv’), et d’en suivre la page Facebook pour encore plus de beau son !

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Bonjour Christophe,

De par ton discours captivant, didactique et éclectique, tu fais partie des références de JBMT sur le plan musical comme journalistique [aucune exagération dans nos propos, monsieur Crénel est un peu notre paganisme à nous]. Merci de nous accorder de ton temps pour répondre à ces questions qui nous brûlaient les lèvres !

Débutons de façon conventionnelle : quels groupes ont formé ton goût ?

Pas de doute possible, les Beatles. D’ailleurs, je ne m’en lasse toujours pas. C’est la source ! Un groupe perpétuellement curieux, capable de se réinventer sans oublier d’être pop, c’est à dire avec la vocation de toucher nos petits cœurs sensibles de manière universelle. Ça m’arrive encore de chantonner tout seul Eleanor Rigby ou Got to get you into my life ! Ça c’est les jours où il y a un beau soleil d’hiver et des filles qui portent des kilts. Mais c’est une autre histoire…

Tu dois avoir assisté à un nombre incroyable de concerts ; lesquels t’ont le plus marqué ?

C’est dingue comme les concerts marquants ne sont pas toujours les meilleurs mais ceux qui correspondent le plus aux émotions qui te traversent à un moment donné. Bref, tout ça pour dire que j’ai quasiment pleuré devant l’énergie juvénile et les mélodies limpides de Bombay Bicycle Club, c’était l’été dernier à Rock en Seine. J’avais besoin de cette virginité pop.

Parmi mes meilleurs moments, souvent des concerts dans de petites salles : Foals à la Boule Noire pour son premier concert français ou Lianne La Havas dans le bar de la Maroquinerie, installée à la roots entre deux tables avec son bassiste et son guitariste. Généreuse, simple, souriante et bouleversante…

As-tu des projets en tant que musicien ou DJ ?

J’ai pas mal tourné il y a quelques années avec Amok mais le groupe est en sommeil profond depuis pas mal de temps. J’ai aussi participé à l’aventure électro rock Juge Fulton avec Arno des Sales Majestés et à un duo électro pop baptisé Popelek. Pas de projets sérieux en cours en ce moment.

Pour ce qui est des Dj sets, rendez-vous le 1er mars au Truskel à Paris pour une nuit Spoutnik exceptionnelle. On fête nos 10 ans de mix de haute volée avec Francis Viel, mon actuel complice du Mouv’.

Pour lequel de tes disques organiserais-tu une chasse à l’homme s’il venait à disparaître ? (c’est l’esprit far west de Rodéo qui donne lieu à une telle question)

Je ne suis pas très collectionneur mais j’attraperai quand même au lasso celui qui voudra me piquer mes albums de Todd Rundgren. J’aime beaucoup l’album « Healing » sorti en 1981. Rundgren est un producteur et compositeur chanteur américain un peu allumé que j’aime beaucoup et qui influence pas mal de laborantins électro pop actuels.

La chanson catégorisée honteuse que tu adores secrètement ?

Hm il doit y en avoir beaucoup, hé hé. Disons « Mr Blue Sky » de Electric Light Orchestra ou « Maniac » de Michael Sembello sur la BO de Flashdance. Je suis même capable de défendre le premier album de Toto. Là, je suis tout près du bûcher ou de la Fatwa

Tu as travaillé plusieurs années pour le petit écran : un bel outil de culture et de communication ?

Bien sûr, c’est hyper grisant de jouer avec le son et les images. La télé pour moi c’était comme prendre de la pâte à modeler pour fabriquer un mégaphone, un moyen ludique pour transmettre ma passion, convaincre par exemple que Air, Marylin Manson, Jeff Buckley ou le tout jeune M avaient un parcours ou un son capable d’intéresser le public même en access prime time (heu, je veux dire à 20h !). Tout reste à faire, on est en plein rétro pédalage sur beaucoup de chaînes. Peu d’idées graphiques et peu d’ambition de contenu. Alors qu’on peut tout faire et à moindre coût aujourd’hui !

Un livre repose-t-il en ce moment-même sur ta table de chevet ? Si oui, lequel ?

Je viens de dévorer Limonov d’Emmanuel Carrère. Passionnant portrait d’un poète russe trash et très politiquement borderline. Sinon, ça doit se trouver, j’ai toujours pas loin de moi un livre du dessinateur espagnol Juanjo Saez. Ça s’appelle « L’art, conversations imaginaires avec ma mère ». C’est tendre et ça parle avec beaucoup d’humour de la création.

Les musées et toi, c’est une relation fusionnelle ou un divorce depuis longtemps prononcé ?

Aïe, je ne suis pas du tout musée. Je m’ennuie. Je suis comme Ben Stiller qui attend que les objets de collection s’animent dans les vitrines. Pour moi l’art est dans la rue. Mais je mentirai en disant que je ne vais jamais voir d’expo. La dernière passionnante c’était à New York au MET sur Warhol et ses héritiers. Ça en jette hein !

Pour terminer, la question prévisible : quels sont tes coups de cœur du moment ?

Je suis très fidèle au groupe Foals dont le 3ème album me fait déjà trépigner. J’aime beaucoup aussi Everything Everything, des gars de Manchester que je viens de recevoir dans Rodéo. Côté français, Fauve est une révélation. Leur concert récent à l’International à Paris était magique, même si le mot est galvaudé. Il y avait de la ferveur, de la poésie écorchée, rien de hype en dépit de la présence de nombreux beautiful people, juste sincère… Ça va être difficile de m’arrêter, il semblerait que ma capacité d’exaltation reste intacte.

Au fait pour la tartine beurrée, ce sera avec de la confiture de framboise.

 

Mille mercis Christophe !

 Louise

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