Timai x JBMT

Entre nature et sensualité, la conception de la beauté de Timai a bouleversé l’univers du blog spécialisé en la matière – généralement trop féminin, excessif et consumériste. ColorDesigner pour les grandes marques de cosmétique (plus d’information sur son étrange et incroyable métier ici), elle nous apprend à prêter attention aux accords chromatiques, à l’importance de lumière, aux moments précieux du quotidien et même à la beauté des imperfections. Une ode à la simplicité.

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Bonjour Timai,

Tu nous plonges au travers de ton blog dans une atmosphère unique, à mi-chemin entre art et beauté. En prenant soin de toujours lier la forme au fond, l’apparence à l’émotion, tu as réussi à tisser ton propre univers ; merci de nous laisser y pénétrer.

Une première question qui doit t’être souvent posée : quelles teintes/associations de couleurs te semblent les plus expressives ?

Les choses changent, évoluent avec moi. Disons que je reviens beaucoup aux tonalités fortes de bleus (ma « première » couleur en tant que ColorDesigner pour Armani Code) et de turquoise. Il y a les accords très Saint Lauresques de fuchsia et de rouge. Les couleurs du nord, qui associent savamment la tonicité et le délavé, l’éclat et le gris : une forme de clair-obscur, mais en couleur.

Avec toutes ces expériences et ce talent chromatique, n’as-tu jamais pensé à te tourner vers la peinture ?

Bien sûr que oui, j’ai peint, j’ai rêvé de peindre, mais maintenant je sais au fond de moi que je ne suis pas peintre. Les choses avancent plus lentement pour certains. J’en fais partie. Ma voie n’est pas tracée, mais je sens que je suis sur la bonne voie, la mienne. Ça va prendre forme ; je veux dire mes couleurs vont prendre forme, mais pas dans la peinture.

La ville dont tu ne te lasseras jamais ?

New York. Je m’y sens chez moi. Dès que j’atterris là-bas, tout mon corps fait « haaaaaaa ».

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Es-tu plutôt exposition du moment au Grand Palais ou petit musée inconnu ?

Plutôt Grand Palais. A vrai dire, contrairement à ce qu’on pourrait croire, je ne suis pas une « dénicheuse », ça ne m’intéresse pas vraiment. Quand on voit de belles, de très belles choses, des œuvres qui ont traversé les époques, les ont marquées, et bien c’est émouvant, ça fait vibrer, ça me crée des sensations de partout. Je suis à la recherche de ça. Et j’avoue que ça m’arrive plus souvent devant de grandes choses. Ça peut être fragile, hein, c’est pas la question ; mon prof de peinture disait toujours « Gauguin, c’est tellement fragile ». Et oui, et c’est tellement beau. Eh bien les beaux Gauguin, on les trouve à Orsay, ou au Grand Palais justement : il y a 20 ans, ma première expo parisienne c’était la rétrospective de Gauguin au Grand Palais. Cet émerveillement, je ne l’ai jamais ressenti dans un petit musée inconnu.

Quelle époque/culture t’inspire le plus dans sa vision de la beauté ?

C’est difficile à dire. On parlait de Gauguin tout à l’heure, il y a les portraits du Fayoum au Louvre, il y a Tadao Ando au Japon… il y a mes enfants. Il y a tout, toute la vie, c’est inspirant de beauté. Parfois des lecteurs m’envoient des photos du ciel en me disant qu’ils pensent à moi. Ça me fait pleurer.

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As-tu déjà eu un coup de cœur artistique inexpliqué à la manière de Lisa ?

Figure-toi que pour moi aussi, il y a eu la Vague. C’est une image encadrée en très grand chez mon père depuis 25 ans, mais c’est quand j’ai vu la vraie au musée Guimet, si petite, si puissante, si bleue, et près de moi tout d’un coup que les choses se sont révélées. C’était il y a 5 ans. La peinture, une œuvre, ce n’est pas qu’une image. Ça m’émeut toujours de rencontrer certaines œuvres en vrai.

J’en ai eu d’autres évidemment. On ne va pas reparler de Gauguin, je crois qu’on a compris, mais il y a eu des Rothko, des Turrell, des Titien… Je ne sais plus qui a dit ça, mais parfois ce n’est plus toi qui regardes, c’est l’œuvre qui te transperce du regard !

Penses-tu le maquillage comme un art éphémère ?

Ça peut l’être oui. On maquille pour un show, une photo, puis on défait. Les femmes aussi dans leur quotidien apprennent à amadouer le maquillage pour se créer une/des images d’elles-mêmes. Je trouve ça intéressant. Mais selon moi, c’est le rapport d’intimité que l’on entretient avec soi-même, grâce au maquillage qui importe le plus. Se faire beau, c’est une façon géniale de commencer sa journée. Chaque jour.

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Chez JBMT, nous considérons la gastronomie comme un domaine à part entière de la culture ; es-tu d’accord avec cette vision des choses ?

Évidemment. Je suis française d’origine vietnamienne : deux cultures très très liées à la nourriture. C’est dans les tripes ! Le bon, le bien. Créer, avec et/ou pour les autres. Partager. S’émouvoir. Je ne sais si c’est ce que vous entendez par « gastronomie », mais pour moi c’est très important.

Merci pour ton temps, ton travail et ton sourire Timai !

Louise

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