Chile, la alegría ya viene

Ce long-métrage  américano-chilien, sorti en France ce mercredi 6 mars, est certainement tout sauf ce à quoi vous vous attendez. Nommé à l’Oscar du meilleur film étranger, Pablo Larraín a écrit un scénario à partir d’une affaire d’État, où conformisme et solennité ne sont pas de rigueur pour autant. Avec au casting le beau Gael García Bernal, Antonia Zegers et Alfredo Castro, l’alliance des images d’archives et scènes tournées récemment est réussie et bien menée, l’équilibre est respecté, avec des images vieillies qui s’harmonisent parfaitement avec les archives chiliennes.  Nous sommes loin du documentaire-fiction rébarbatif aux rendu et montage hétérogènes.

Le film prend place pendant la campagne chilienne du référendum de 1988, consenti par le dictateur Pinochet face à la pression internationale. Il était demandé aux chiliens de se prononcer pour ou contre le maintien au pouvoir d’Augusto Pinochet, qui y avait accédé par un coup d’État militaire en 1973, et qui espérait légitimer son assise politique par voie référendaire. René Saavedra, incarné par Gael García Bernal, est un jeune et brillant publicitaire revenu d’exil politique. Débauché par l’opposition pour les besoins de la campagne, il va disposer d’un mois, à raison de 15 minutes de temps d’antenne télévisée quotidiennes, pour exposer pourquoi les chiliens doivent massivement faire le choix du «NO».

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Il base sa communication sur la joie, la simplicité, l’unité nationale, le changement qui est en marche (le changement est un thème vendeur ces derniers temps!), en passant par les méfaits du Gouvernement, tus à cause de la censure omniprésente. Le but est d’inciter les gens à voter, car l’abstentionnisme est le meilleur allié de Pinochet, ce qui permet au Gouvernement d’être confiant et triomphant avant l’heure. Mais ne dit-on pas qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ? Loin d’être un message politique simpliste, la stratégie est d’introduire l’idée politique dans la légèreté. Légèreté qui fait cruellement défaut à ce monde-là et qui détourne malheureusement les peuples de la «chose publique».

Larraín  réussit avec brio à réaliser un film délicat tout en étant lourd de sens et de signification, en insistant sur l’oppression, la corruption, la censure, l’élimination des opposants, les tentatives d’intimidation systématiques. Un thème très politique qui aujourd’hui encore, après l’arrestation de Pinochet en 1998 à Londres, divise les Chiliens et la communauté internationale entre les «pour», qui saluent le sauveur économique du Chili, comme Milton Friedman, économiste américain majeur du XXème siècle qui a qualifié la situation de «miracle chilien», et les «contre», qui déplorent la violation continue et sans vergogne des Droits de l’Homme, de 1973 à 1998.

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Un film à voir donc, selon moi, avec la rengaine «¡ Chile, la alegría viene !» qui trotte dans la tête longtemps après la projection. Une œuvre engagée  et exaltante qui surprend par sa finesse et sa douceur contrastante avec la violence des faits. On se prend même à espérer l’issue finale du référendum malgré le fait que l’Histoire est passée par là et n’a pas changé pour l’occasion, preuve que le scénario est brillamment écrit et mis en scène.  Un excellent moment de cinéma en somme, investi au service de l’humain, qui ne vise pas seulement à distraire le spectateur mais aussi à l’éduquer et à lui inculquer une conscience politique, tout en restant ludique et facile d’accès.

Vous l’aurez compris, courez sans plus attendre jusqu’au cinéma VO le plus proche !

Clarisse

« No », par Pablo Larraín

Avec Gael García Bernal, Néstor Cantillana et Amparo Noguera

Sorti le 6 mars 2013

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