Les interviews-carrières : Ramzy, archéologue

JBMT met en place une toute nouvelle rubrique : les interviews-carrières. Une manière de découvrir, au travers de discussions avec des professionnels, les différents métiers qui gravitent autour du monde culturel.

Ramzy Barrois, archéologue (entre autres), inaugure donc cette catégorie en nous parlant de sa bien mystérieuse occupation – sur laquelle, il faut l’admettre, nous sommes encore pleins de préjugés. Titulaire d’un doctorat en archéologie, il s’est spécialisé dans la culture maya et enseigne en parallèle l’épigraphie de cette merveilleuse civilisation.

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Bonjour Ramzy,

Peux-tu nous expliquer rapidement le parcours nécessaire pour devenir archéologue ?

Tout se fait à la fac depuis la première année, en suivant le schéma licence-master-doctorat en archéologie. Ensuite, il faut obtenir un poste : à l’INRAP pour le domaine de l’archéologie nationale, au CNRS pour les disciplines plus « exotiques ».

Selon toi, quelles sont les qualités nécessaires pour faire ton métier ?

Il faut indubitablement aimer le terrain. Après, bien sûr, cela dépend du type d’archéologie que l’on pratique, mais il ne faut pas avoir peur de partir deux ou trois mois coupé de tout, et même de souffrir physiquement.

Un archéologue doit aussi faire preuve de beaucoup de sérieux, et prendre garde à toujours conserver la trame scientifique derrière son travail sur le terrain. Il est de sa responsabilité de jumeler le côté aventure et la rigueur scientifique, tout en gérant des fonds et une équipe.

Peut-on dire que la profession d’archéologue est stable, notamment financièrement?

De manière générale, les postes sont très stables, des CDI rémunérés de 1800€ à 3500€ en fin de carrière. Sinon, on peut aussi être en « freelance », comme moi : on se greffe sur des projets préexistants. Dans ce cas-là, on n’est pas payé et ce n’est plus qu’une passion.

On associe forcément le métier d’archéologue aux fouilles. Mais que se passe-t-il le reste du temps ?

En fait, les fouilles sont assez rares : c’est ce que tu es obligé de faire quand tu n’as pas les moyens de voir autrement quelque chose. Mais concrètement, il faut éviter de fouiller puisque que c’est synonyme de destruction. Généralement, quand tu arrives sur ton site tu essaies d’abord de le comprendre, de le restituer au moment de sa splendeur. Il faut ensuite que tu trouves une problématique de fond : par exemple, pourquoi un site s’est effondré et en combien de temps.

La profession s’est-elle féminisée ces derniers temps ?

Plutôt aux Etats-Unis oui, mais en France et en Espagne il y a encore un gros machisme. Je pense que ça va évoluer avec la prochaine génération, bien plus féminine. Et même si parfois être un homme peut s’avérer plus pratique sur le terrain, ce n’est en aucun cas un travail masculin.

Le métier a-t-il évolué avec l’informatique ?

Honnêtement, non. Les archéologues sont encore de la vieille école, et il y a beaucoup de choses à faire de ce côté-là. Il y a quand même eu des innovations : sur le terrain quelques instruments ont fait leur apparition (la station totale par exemple), et certaines sciences récentes, comme l’épigraphie maya, avancent beaucoup grâce aux échanges par mail et aux ressources documentaires en ligne.

Selon toi, l’enseignement vient-il compléter naturellement l’activité d’archéologue ? 

De mon point de vue, l’enseignement devrait être obligatoire. On ne peut pas faire de la recherche sans enseigner derrière ce que l’on a appris. En France, recherche et enseignement ont été compartimentés, et c’est dommage.

Quels sont les aspects que tu détestes dans ton métier ?

Le terrain ! Les douches à l’eau froide et marron quand il fait 15°C, manger du riz et des haricots noirs pendant deux mois…

Plus sérieusement, ce qui est assez dur dans ce domaine c’est de devoir toujours prouver ses capacités. Par exemple moi, je n’ai pas de poste académique et je suis en permanence à la recherche de subventions. Tous les ans, je dois prouver que je suis un bon archéologue et un bon professeur. C’est vraiment lassant.

Comment un archéologue vit-il le fait de ne rien découvrir de spécifique ?

Plutôt bien en fait ! Tu ne fais pas une campagne de fouilles pour trouver un trésor. Tu veux répondre à une problématique générale et trouver des données de base qui, mises bout à bout, te permettent d’avancer.

Un conseil pour les futurs archéologues ?

Déjà, il faut s’attendre à ce que la route soit longue. Ensuite, il ne faut pas croire que l’on ne travaille que pour sa passion, et très rapidement avoir une stratégie de recherche sur le long terme. On doit tout de suite se poser des questions sur les termes porteurs dans son milieu : quels sont ceux qui vont permettre d’avoir des financements, quels sont ceux qui sont importants pour l’avenir. Très tôt, il faut s’accorder quelques mois sur le terrain pour rencontrer les gens, voir ce qu’ils font, ce qu’ils pensent… et caler ses études par rapport à ça. Ça a l’air opportuniste, mais c’est le prix à payer pour pouvoir ensuite défendre sa position.

Mille mercis Ramzy !

Plus d’informations :

Site du CNRS

Site de l’INRAP

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