Celui qui n’aimait pas les Hommes

2013, une année sous l’égide de Molière ?

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A l’heure où Philippe le Guay a remis au goût du jour Le Misanthrope dans « Alceste à bicyclette » avec la collaboration de Lambert Wilson et Fabrice Luchini qui se chamaillent pour interpréter Alceste et Philinte, Jean-Baptiste Poquelin, autrement plus connu sous le pseudonyme de Molière, a dû se retourner (de plaisir) dans sa tombe avec la remontée sur les planches de sa célèbre pièce en 2013.

L’œuvre de Molière, représentée pour la première fois au théâtre du Palais-Royal à Paris le 4 juin 1666 par la Troupe du Roi, a encore de beaux jours devant elle et n’est pas prête de tomber en désuétude au vu de son succès actuel qui lui procure une longévité exceptionnelle. Mise en scène par Jean-François Sivadier, elle s’est jouée en lieu et place de la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand.

Classicisme et modernité

Avec un Alceste, misanthrope éponyme, plus rock’n’roll que jamais lors de son arrivée dansante et fracassante sur scène au rythme endiablé des Clash avec Should I Stay or Should I go, Jean-François Sivadier annonce la teneur vitaminée des réjouissances à venir. Une rupture avec la tradition tout en restant dans l’esprit classique cher au XVIIème siècle et à feu notre roi-soleil. Innover sans dénaturer, inventer sans transformer, le tout en mariant la forme traditionnelle mais contraignante du théâtre classique et ses cinq actes, ses vers en alexandrins, ses diérèses vieillies et la règle des trois unités, avec un décor composé de chaises entassées et de papiers dorés et noirs, pleuvant durant la représentation et jonchant le sol à son issue. Les costumes constituent pour leur part une synthèse parlante de la fusion du classicisme et de la modernité, avec des crinolines pour les dames aussi bien que des jupes courtes, une sorte de kilt pour Alceste et un complet criard pour Philinte, assortis de perruques poudrées et de visages fardés pour les baronnets de la Cour.

Classique dans la forme mais moderne dans le fond, nous avons affaire à un écrit intemporel qui pose des questions essentielles quant aux relations humaines, et des critiques sévères de l’Homme en société : le poids des apparences, l’hypocrisie ambiante, les médisances, la superficialité des rapports, l’Amour faussé et dénaturé, les faux-semblants. Des interrogations en somme inhérentes au genre humain.

Le Misanthrope à la Maison de la Culture à Clermont-Ferrand en mars 2013 – Photo La Montagne

Le Misanthrope à la Maison de la Culture à Clermont-Ferrand en mars 2013 – Photo La Montagne

La vocation philosophique de la pièce procure la sensation d’être hors du temps car le cadre spatio-temporel n’est pas clairement planté. Un microcosme en marge d’un monde, monde qui dépasse les protagonistes et particulièrement Alceste qui milite pour le triomphe de la vérité et la pureté des sentiments. Jean-Françoise Sivadier s’est « identifié à Alceste, qui semble rêver d’une société sans masque. » Pour lui, « la colère d’Alceste est égale à son espérance », et « l’auteur, en filigrane, signe, dans la colère inépuisable du personnage, l’aveu d’un foi inaltérable en l’humanité. »
Molière prêcherait donc le faux pour instiller le vrai ? Par son procédé comique, tant de mot que de situation, il manie l’ironie pour critiquer tout en finesse une société qui brille par l’importance qu’elle attache aux apparences. D’une cruciale actualité, ce thème a été illustré avec brio par les comédiens. La justesse de leur jeu, l’expressivité de leurs tirades et la richesse du jeu de scène ont remarquablement perpétré l’apologie du parler-vrai et de la sincérité, qui font du Misanthrope une œuvre
radicale, tant dans son contenu que dans sa portée. A l’instar de son contemporain Jean de La Fontaine, qui donnait la parole aux animaux, Molière a recours à la dramaturgie et aux comédiens pour faire passer un message.

Clarisse Martin

LE MISANTHROPE de Molière 
Mise en scène Jean-François Sivadier
Avec Cyril Bothorel, Nicolas Bouchaud, Vincent Guédon, Norah Krief

En tournée dans toute la France puis au théâtre de l’Odéon du 23 mai au 29 juin

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