Juliette Pépin x JBMT

Vous commencez à être habitués, JBMT fonctionne au coup de cœur (le terme de coup de foudre traduisant peut-être plus explicitement la furtivité du phénomène) ; ce fut le cas pour Juliette Pépin, dont l’incroyable « fresque » a été vue plus de 20 000 fois sur Tumblr. Quelques mails échangés plus tard et nous voilà discutant gaiement sur Skype, à un petit millier de kilomètres de distance un lendemain de Queen’s day. Rencontre avec ce petit génie de la créativité.

 

Bonjour Juliette,

Peux-tu nous résumer rapidement ton parcours ?

J’ai commencé avec des cours d’arts plastiques poussée par mes parents, puis je n’ai jamais vraiment lâché. Après le bac j’ai fait une prépa privée (Prép’art), ce qui fait partie des meilleures choses qui me soient arrivées depuis le début de ma scolarité. Je suis maintenant à la Design Academy en Hollande ; j’ai raté les Arts Décoratifs mais je ne regrette pas du tout. Je pense qu’en tant que designer – en tant que créateur de manière générale – bouger est l’une des sources d’inspiration les plus prenantes.

Vers quel domaine te diriges-tu ?

Au départ j’étais persuadée de vouloir être graphiste comme mon père, mais maintenant je ne sais plus !

Tu as l’air de toucher à tout ?

Oui, c’est l’avantage de la Design Academy qui nous laisse le champ libre et ne nous pousse pas à forcément créer pour répondre à des fonctions précises. Je peux combiner le design et la peinture par exemple, et je trouve ça génial.

Peux-tu m’en dire plus sur ta fameuse « fresque » ?

J’ai travaillé dessus à la fin de l’année dernière. L’idée, c’était de faire une image qui condense ce qui m’a marquée moi dans l’année 2011, une sorte de rétrospective. J’ai commencé à collecter des photos sur internet, dans des journaux… Puis j’ai dû chercher un mur sur lequel la réaliser. Une amie m’a proposé de le faire chez elle, elle était très enthousiaste à l’idée que je le fasse… Mais ce n’était pas vraiment du goût de ses parents, donc il y a eu quelques complications ! J’ai pris mon temps pour la faire, et ça a créé quelque chose de très sympa : on se retrouvait, on prenait un café et ensuite je dessinais pendant qu’elle faisait autre chose à côté. Ca relaxe vraiment, c’est une sorte de méditation. Evidemment j’adore montrer mon travail aux gens, mais je le fais avant tout pour moi !

J’aimerais bien le refaire pour l’année 2012, en Hollande si c’est possible. Je dois aussi faire une collaboration avec un ami pour une nouvelle fresque : on va essayer de combiner nos styles, parce que je pense que l’impact peut être encore plus vif s’il y a deux types de dessins qui se rencontrent sur un mur.

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Tu n’as pas pensé à dessiner une fresque dans un espace public ?

Si, j’ai trouvé un workshop d’été à Lisbonne. Ce sont des bâtiments abandonnés auxquels on souhaite redonner vie par le biais du street art ; on peut intervenir sur une dizaine de façades, en collaboration avec d’autres personnes qui ont déjà fait ça sur grande échelle. Ce sera aussi l’occasion pour moi de travailler à la peinture et non plus au stylo Posca.

Comment as-tu procédé afin de trouver ton « style » en dessin ?

Ça va paraître tout bête, mais c’est en dessinant constamment. Au début je faisais comme tout le monde, je copiais la réalité. Ensuite par le biais de tout ce que j’ai appris, même dans la conception d’objets en 3D, je me suis créé un univers que j’essaie de transmettre le plus fidèlement possible. Et mon style évolue constamment, ce que je trouve super.

Tu as l’air de travailler assez peu avec la couleur ?

Oui, ça fait partie des choses que je suis en train d’apprendre. Avant je ne travaillais qu’en noir et blanc et la Design Academy nous pousse à jouer avec les couleurs, parce que c’est extrêmement important de donner un effet de vie plus présent à nos créations. Mais ça fait aussi partie de mon style, un travail plus sur les lignes que sur les aplats de couleurs. Disons que c’est 50% de style et 50% de « je ne sais pas le faire ». C’est d’ailleurs ce qui fait le charme de mes études : je vais apprendre jusqu’à la fin de ma vie.

As-tu tout de même des domaines favoris?

En ce moment à l’école on travaille sur le textile et la céramique, et j’en suis dingue ! J’ai découvert le tissage il y a deux semaines et depuis j’y pense en permanence. On expérimente les matériaux, on les combine, c’est vraiment très sensible voire sensuel.

Avant de construire un objet, tu vas penser à sa fonction, aux personnes à qui il sera destiné… alors qu’avec la céramique et le textile c’est presque l’inverse : tu fais, et en faisant tu vas trouver une solution pour une fonction ou une esthétique.

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Foncièrement je n’aime pas le design, c’est quelque chose qui m’agace : on a assez de chaises comme ça, pourquoi faudrait-il qu’on en fasse plus ? Et en fait cette école nous explique qu’on ne va pas faire du design intemporel, mais que l’on cherche plutôt à créer des solutions pour des problèmes actuels. C’est ce qui fait la beauté de la chose ; c’est en fait très lié à l’actualité : on pense recyclage, on travaille avec les imprimantes 3D… On est constamment avec notre époque.

Sinon je pratique vraiment le dessin pour moi, et je n’ai pas envie de perdre ce côté « plaisir ». C’est quelque chose que je ne fais que spontanément, et je pense qu’il est bien de garder un domaine dans lequel je m’exprime librement, sans que l’on vienne en permanence me suggérer des changements ou donner son avis – c’est agréable de conserver cette balance.

As-tu l’impression d’avoir un message à faire passer, en tant que créatrice ?

C’est difficile… Si on prend l’exemple de ma fresque, le but était de ressortir des évènements dans un nouveau contexte. Et le fait que la photo de ce dessin mural soit rebloguée en permanence me permet de me dire que, même si ce ne sera pas le cas de tout le monde, certains vont reconnaître les personnes et les évènements figurés.

En ce qui concerne le design, j’essaie vraiment de m’orienter vers une démarche qui serait de créer des solutions pour le bien-être. Je veux essayer de rendre des évènements de la vie difficiles plus agréables et plus simples. Il y a aussi l’aspect « rituel » : chercher à créer de nouveaux rituels qui permettent de s’accorder des moments pour soi.

Donc tu cherches plus à travailler le fond que la forme ?

Oui, c’est le fondement-même de la Design Academy. On nous inculque que si le fond est bon, la forme suivra. On n’est pas là pour faire une belle chaise, mais pour proposer des solutions. Ça donne un côté bien plus humain à ce que l’on fait.

Le paradoxe reste que généralement les élèves les plus connus de cette école sont exposés dans des musées, donc que leurs objets perdent leur fonction originelle. Maarten Baas a eu une exposition au musée des Arts Décoratifs l’année dernière, et ses créations coûtent horriblement cher, alors que lui-même travaille dans une perspective assez critique sur notre relation aux objets.

Comment se déroule la vie culturelle de Juliette Pépin ?

Quand je vivais à Paris j’adorais traîner dans les galeries de la rue de Bretagne, au musée du Jeu de Paume, aux Arts Décoratifs et à Beaubourg. Sinon je voyage pas mal, cette année je suis partie avec Couch Surfing à Stockholm et c’était magique. Allez-y, ça vaut vraiment le coup (mais préparez-vous au fait que le café coûte 5€) !

Un grand merci Juliette !

Louise

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