Neiges d’Automne

(C) Clément Dezelus

(C) Clément Dezelus

« Neiges d’Automne » n’était à la base qu’une histoire griffonnée par un jeune et talentueux comédien/metteur en scène un jour d’ennui. Ce projet un peu fou a petit à petit pris la forme d’un long-métrage porté par une centaine de personnes, toutes réunies autour d’une même volonté : celle de faire aboutir coûte que coûte une entreprise qui les touche. Que l’on ait participé à la réalisation fastidieuse et familiale de ce film ou que l’on demeure extérieur à cette préparation, on ne peut qu’être touchés par la beauté de ce rêve concrétisé à force de génie, de travail et de rencontres.

Nous avons ainsi rencontré Hugo Bardin (réalisateur et initiateur du projet), Marie Petiot (comédienne dans le rôle de Juliette) et Sarah Vinckel (chef décoratrice) afin qu’ils nous expliquent plus en détail ce pari osé – et disons-le, réussi.

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Bonjour à tous,

Pouvez-vous nous résumer le synopsis de « Neiges d’Automne » ?

Hugo : il s’agit de l’histoire de trois sœurs ayant des univers complètement différents. Hélène, critique d’art et très bobo, militait contre l’ordre établi quand elle avait vingt ans et se retrouve finalement gauche caviar, à vendre des tableaux dans une galerie d’art : l’inverse de ce qu’elle voulait devenir. Juliette est pianiste et plus ou moins au fond du trou après avoir perdu son compagnon. Enfin, Charlotte rédige une thèse et est considérée à tort par son entourage comme une fille beaucoup trop sérieuse et inhibée.

Marie : on est plus face à une tranche de vie qu’à une véritable action ; la fin ouvre de nouveaux horizons plus qu’elle n’achève un récit. On va plutôt suivre des filles, leurs préoccupations, leur entourage, essayer de comprendre pourquoi elles ne vont pas bien et ce qui pourrait faire qu’elles aillent mieux. C’est un film assez familial, je le trouve très humain. On s’attarde avant tout sur les liens entre les gens : les rapports sœurs, les rapports filles-mère, le couple.

H : je me rends d’ailleurs compte en revoyant le film que, même si je souhaitais avant tout parler du milieu dans lequel évoluent ces trois sœurs et de comment elles vont chercher à résoudre leurs problèmes, le film s’est centré sur leurs histoires d’amour.

M : c’est très riche de ce côté-là. L’aîné galeriste est lesbienne, on voit son rapport avec sa copine possessive et celui vis-à-vis de sa sexualité avec sa mère. La deuxième sœur n’est plus amoureuse de son compagnon mais n’ose pas le quitter ; mon personnage lui est encore en deuil mais aimerait passer à autre chose. Il y a aussi le cas de figure de la mère, dont le couple est en bout de parcours.

H : « Neiges d’Automne » est aussi l’histoire de ces rencontres qui nous font évoluer progressivement dans la vie. Chacune des sœurs va changer après un déclic, va avoir un moment qui va les pousser à réagir.

Comment ce projet t’est-il venu à l’idée ?

H : « La Bûche » de Danièle Thompson m’a beaucoup inspiré ; je m’étais toujours dit que je ferai un film sur ce concept. Et puis il y a deux ans j’étais dans ma maison de vacances, je me suis mis à écrire pendant dix-sept heures sans m’arrêter. J’ai écrit la première version du scénario, qui était un moyen-métrage de quarante minutes environ et qui racontait l’histoire des trois sœurs. Je l’ai fait lire aux comédiennes, ça leur a plu, mais tout le monde m’a dit que les moyens-métrages n’existaient plus vraiment. J’avais donc le choix entre court- et long-métrage, et comme l’histoire s’y prêtait plus je suis parti sur un long.

M : tu n’es du genre à ne pas faire les choses à moitié.

H : c’était effrayant d’un côté, mais de l’autre je n’y pensais pas trop. Je me disais qu’on le ferait peut-être, ça restait un vague projet. Et puis à un moment j’avais emporté trop de monde autour de moi pour faire marche arrière, donc je me suis lancé.

Avez-vous repris le scénario par la suite ?

H : on a réécrit le scénario peut-être quinze fois ! J’ai fait lire ma première version à Céline Bévierre (qui joue également la sœur aînée dans le film) et à partir de là on en a écrit une dizaine d’autres tous les deux. On a ensuite dû faire des castings afin de trouver les acteurs qui manquaient, pour les rôles plus âgés. On a reçu plus de trois cents candidatures, c’était dingue ! On est passés par des sites comme Cinéaste et on a trouvé une quarantaine de techniciens qui ont tous travaillé bénévolement (trois semaines avant de tourner on devait avoir une équipe technique de cinq personnes). C’est génial de voir qu’à la base on était seulement une vingtaine d’élèves du Cours Florent réunis autour d’un projet, que chacun en a parlé autour de lui et que ça a fait boule de neige. Il y avait très peu de gens que l’on ne connaissait pas au final ; on était une centaine.

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Comment avez-vous fonctionné en termes de financement ?

H : on est passés par Ulule. Au début on s’était dit que l’on pouvait y arriver seul, puis on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas demander à des gens de travailler bénévolement pendant plusieurs mois et de payer leur nourriture. On a demandé 2000€, et en dix jours on avait déjà récolté le double. Mais on n’a fait cette démarche qu’à la fin, on a passé tout le tournage sans être sûr que ça allait marcher ! Mais on a eu beaucoup de choses gratuitement, comme les décors qui étaient en fait des appartements d’amis. Doris Hamburg, une ancienne costumière du cinéma qui possède la boutique Chez Chiffons dans le 11e nous a prêté plein de choses.

M : tout le monde a donné pour ce film. Au final les gens croient en toi, en nous.

H : ça a été vraiment de la chance tout le long. Même des figurants ont travaillé gratuitement pour nous, alors que c’est très rare. Ça a été deux mois de surprise en surprise.

M : on voulait quelque chose de beau, mais on ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi bien je crois.

H : j’imaginais qu’on allait bricoler, étant donné qu’on n’avait pas de moyens. Je suis arrivé le premier jour en pensant qu’on serait une dizaine, et au final on devait être trente personnes. Moi je n’avais jamais dirigé de techniciens, jamais réalisé de court-métrage, donc j’ai dû bluffer ! Ça a marché, les gens me suivaient parce que je savais ce que je voulais, mais il me manquait plein de termes techniques par exemple. Je n’ai jamais autant appris qu’avec ce film.

M : tout le monde avait envie que ça marche, donc personne n’allait se plaindre parce qu’on avait des chips et du saucisson comme seul déjeuner.

H : il y avait trente-cinq acteurs, vingt décors, deux cents costumes à faire… C’était un gros travail pour tout le monde.

Où es-tu allé puiser ton univers ?

H : j’avais vraiment pensé à « La Bûche » en imaginant le film la première fois : je voulais des influences russes, tziganes. Mais quand j’ai montré le scénario à d’autres personnes, on m’a dit qu’il ressemblait aux « Chansons d’Amour » de Christophe Honoré, que j’adore. Du coup je suis plus parti là-dessus, mais inconsciemment mon travail a glissé à nouveau vers « La Bûche » parce que j’aime quand il y a des couleurs, que les costumes sont très travaillés… On a déjà perçu certaines références à Almodovar dans mon univers également.

As-tu voulu que les spectateurs s’identifient aux personnages ?

H : je n’avais pas forcément envie que les gens se reconnaissent dans l’histoire en l’écrivant.

M : mais au final on peut. Ce sont des gens que l’on connait, ça peut arriver.

H : particulièrement ton personnage, l’héroïne du film. Les deux autres sœurs ont un caractère très marqué et ne s’entendent pas très bien entre elles, alors que Juliette reste très mystérieuse. A la base je voulais décrire des bourgeois de Belleville, un peu bobo et agaçants, dont les problèmes ne sont pas forcément très intéressants. Et finalement on s’attache à eux. A côté de ça il y a d’autres milieux sociaux qui sont décrits, comme la tante vivant à Auteuil qui envoie sa fille faire des rallyes, la meilleure amie d’Hélène tatoueuse et hippie…

Es-tu attaché à tes personnages, les perçois-tu de manière positive ?

H : oui, je suis plus attaché aux personnages qu’au film ! J’ai mis beaucoup de moi en eux, et j’ai aussi pensé aux actrices qui allaient les incarner en écrivant.

Quelles ont été vos réactions au premier visionnage du film ?

H : j’ai eu du mal à me dire qu’il s’agissait de mon film. Je me demande si j’aurais envie de le réaliser si je le voyais au cinéma.   

M : c’est normal que ce soit difficile, parce que ça revient à te regarder toi-même. Ce film c’est toi, dans sa globalité.

H : au début j’étais très enthousiaste, et plus je le vois plus je suis critique. Ça dépend aussi des gens avec lesquels je le regarde : certains n’ont aucune réaction, d’autres rient sans véritable raison… Mais je suis assez objectif, je sais ce qui ne va pas et j’ai appris plein de choses sur ce film ; donc il y a beaucoup d’erreurs que je ne referai pas sur le prochain.

M : pour un premier film c’est excellent Hugo. Il y a très peu d’erreurs au vu des conditions de réalisation.

H : l’équipe était très jeune, la moyenne d’âge de vingt-cinq ans environ. La plus professionnelle de l’équipe était certainement ma première assistante, qui n’avait que dix-huit ans !

M : tu as pourtant fait un film qui ne plaira pas qu’aux jeunes. C’est vraiment tout public, pas un film pour filles non plus.

H : on est dans le style d’Agnès Jaoui, un film choral mais avec des acteurs plus jeunes.

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Tu aimes mélanger les différents domaines culturels ?

H : oui, j’adore la chanson, il y en aura encore dans mon prochain film. J’ai aussi travaillé la BO avec grand plaisir.

Et toi Sarah, comment t’y es-tu pris ?

Sarah : c’était une grosse responsabilité. Je n’avais jamais fait ça avant mais ça s’est fait assez naturellement. Je n’avais pas vraiment  de vision d’ensemble, je m’occupais d’un décor le matin avant de partir travailler et je ne vivais pas le tournage, donc ça m’a fait un drôle d’effet de voir le film achevé et de comprendre que j’avais vraiment fait partie de ce film. J’ai passé des nuits blanches à coudre des rideaux à la main !

H : d’autant que normalement, durant la préparation d’un film, le chef costume et le chef déco travaillent main dans la main afin que leurs créations soient en accord. Sarah et Coline n’ont pas eu le temps de faire ça, et pourtant décors et costumes sont en parfaite osmose !

Mille mercis à vous trois !

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« Neiges d’Automne » par Hugo Bardin, en salle le 27 mai 2015

Bande-annonce

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