La Beat Generation au Centre Pompidou Metz

L’exposition « Beat Generation/Allen Ginsberg » est restée fidèle à l’esprit Beatnik : elle plante un décor underground, dans un vaste studio plongé dans le noir, animé de sons et d’images, projetés pêle-mêle dans l’espace. Une ambiance assez jazzy pour découvrir cet univers de littérature musicale. Inutile de songer à visualiser la totalité des archives présentées : si l’ensemble des films représentent plus de 6h de visionnage, les photos, œuvres, sons, textes, ainsi que l’ambiance globale requièrent tout autant d’attention. Entrez et laisser vous porter dans ce tohu-bohu, dans cette ambiance qui suscite l’errance, dont étaient tant adeptes les auteurs Beat. Une véritable immersion dans cette contre-culture souterraine et encore trop méconnue.

D’abord, le grand entretien tenu par Jean Jacques Lebel et Allen Ginsberg – raccourci de 6h à 4h – exclusif, structure ce grand fourre-tout. D’autres entretiens mettent en scène les principaux agents de la Beat Generation, au cours d’interviews entre autres. L’une d’entre elles, de Jack Kerouac, réalisée en 1968 (un an avant sa mort) par le journaliste W.F. Buckley est particulièrement émouvante. L’ancien chef de fil du mouvement, alors dépressif et alcoolique, se détache de ses compères dans des propos allant à l’encontre des principes ayant régi la rédaction de son chef-d’œuvre Sur la route, dont des extraits du rouleau légendaire sont projetés dans les «Textes ». L’exposition se veut une vue d’ensemble sur le mouvement, ses hauts et bas, avec une considération documentaire et historique.

Dans l’ensemble intitulé « Films », les auteurs se font acteurs de cette « aventure » décrite par ses contemporains : j’en retiens surtout une pièce de Nam June Paik qui traite des rapports entre Allen Ginsberg et Allan Kaprow, deux figures tutélaires de l’avant-garde des années 1960, partisans d’une union des arts, porteurs des racines et d’une culture communes, que l’Art a rapprochés.

Aventure, épopée, conquête : le but étant de faire table-rase des conventions littéraires et artistiques en général, les poètes se firent performeurs, acteurs d’une poésie musicale qui fait l’apologie des musiciens et font des mots leurs instruments, qu’il est également possible d’écouter dans un espace dédié aux « Sons », dans lequel émerge toute la musicalité de Howl ou de Pull my daisy par exemple.

Des documentaires nourrissent cet univers atypique, dans lequel des écrivains s’enferment dans des bunkers, tel Burroughs au sud de Manhattan, ainsi que des photographies qui mettent des visages et un esprit sur cette ère.

Neal Cassady (gauche) et Jack Kerouac (droite)

Neal Cassady (gauche) et Jack Kerouac (droite)

Enfin, un dernier ensemble unit littérature Beat et arts plastiques à travers quatre personnalités : Robert Crumb, représentant de l’illustration underground de l’époque et lié au groupe, et le KGB (Kerouac, Ginsberg, Burroughs) qui réalise des œuvres alliant spontanéité et vitalité du geste à une errance graphique, celle de leur psychisme devenue matière.

Cet évènement, exclusif tant par son originalité thématique que par sa générosité documentaire, sera accompagné de nombreuses performances et également exposé en trois autres lieux (Rennes, Tourcoing et Karlsruhe). « Prophètes » du monde contemporain, les membres de la Beat Generation énoncèrent les premiers l’idéologie du mouvement actuel des Indignés.

A découvrir, comme à redécouvrir, dans une véritable synesthésie quasi-euphorique.

Anaïs

Exposition « Beat Generation / Allen Ginsberg »

  • Du 31 mai au 1er septembre 2013 aux Champs Libres, Rennes
  • Du 31 mai au 9 septembre 2013 au Centre Pompidou-Metz
  • Du 7 juin au 21 juillet 2013 au Fresnoy, Tourcoing
  • Du 15 juin au 1er septembre 2013 au ZKM, Karlsruhe
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