Rentrée littéraire : « Plonger » de Christophe Ono-dit-Biot

Dans le cadre de la Rentrée Littéraire, les éditions Gallimard nous ont permis de découvrir en avant-première « Plonger », le dernier roman de Christophe Ono-dit-Biot.
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« Plonger » est un peu comme cette activité sous-marine : un sentiment mêlé de découverte, d’angoisse, d’émerveillement et de questionnement. Ce n’est pas tant le style que l’atmosphère du récit qui donne au lecteur l’envie pressante d’avancer au milieu de ces souvenirs éparpillés d’une rencontre furtive et bouleversante.

Un homme raconte à son fils la femme qu’il a aimée, afin que ce dernier puisse connaître, voire comprendre, cette mère qui ne l’élèvera jamais. Narration bienveillante derrière laquelle se cache une confession égoïste et presque vitale pour le narrateur, comme un besoin inextricable d’exprimer son désarroi et son impuissance face aux évènements passés.

César a rencontré cette photographe de plages exécrant le tourisme de masse et la surconsommation un soir, par hasard, achetant des bombes dépoussiérantes en pleine nuit, dans une épicerie de proximité.

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Elle était comment ?
– Qui, la bombe ?
– Non, la fille.
– Dépoussiérante.

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Paz
, jeune femme sombre, passionnelle et libérée, traverse le roman avec fureur, de la pointe de ses pieds brunis par le soleil, humidifiant au passage les pages de ses cheveux collés par le sel. Insaisissable, elle est tour à tour admirable et odieuse. Artiste révoltée contre la société mondaine qui l’acclame, elle ne refuse pourtant pas le succès, et se complait à rejeter critiques et public en pleine Biennale vénitienne.

Depuis ses Asturies natales, région dénuée de prestige mais certainement pas d’éclat, elle parcourt les littoraux européens qu’elle immortalise en présence de César, agrippé à elle comme une sangsue qui se nourrirait de son être, de sa beauté, de son insolence et de son anticonformisme.

La quatrième de couverture nous l’indique déjà, le cadavre de Paz sera retrouvé échoué sur une plage. Mais nul besoin d’avoir lu ce résumé pour saisir que l’histoire s’achèvera dans la douleur et l’incompréhension ; difficile d’imaginer un avenir à cette relation passionnelle et déséquilibrée, celle d’une Nomade vainement enchaînée par un Quadragénaire parisien riche et cultivé, spectateur plus qu’acteur de leur amour.
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Une aventure en Europe, une circonvolution de sable chaud et crissant, de soirées passées en terrasse à regarder perler le vin sur les parois des verres, à dévorer des poissons grillés… Et puis la chaleur et la douceur sucrée des côtes arabes. « Plonger » est avant tout un livre contemporain, ancré dans son époque, soulevant des questionnements parfois enfouis au fond de nous-même, en plus des problèmes récurrents dans l’actualité, tels que l’avenir de la vieille Europe ou les dangers de l’extrémisme religieux. Mais plutôt, quel est le rôle d’un critique, doit-on croire à ce que l’on fait pour réussir professionnellement..?

On ressort de cette expérience tout étourdi comme par un trop-plein d’oxygène, à la fois troublé et émerveillé, manquant de foi en l’avenir tout en trouvant refuge dans certaines valeurs immuables : la beauté simple, la culture, la dévotion à l’autre.

Louise Deglin

« Plonger » par Christophe Ono-dit-Biot
Editions Gallimard
Disponible depuis le 22 août 2013
Environ 21€

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