La Délicatesse

PC

Portrait d’une jeune fille, Petrus Christus, c. 1470
Huile sur bois
28 x 21cm
Gemäldegalerie, Berlin

Nous voici devant l’œuvre la plus célèbre de Petrus Christus, grand peintre médiéval considéré comme l’élève du fameux Jan Van Eyck (Portrait des Epoux Arnolfini, Madone au chancelier Rolin). Une fois de plus, il n’est pas aisé de s’attaquer à un tableau qui ne demande qu’à se taire et admirer.

En effet, on est absolument envoûté par cette jeune fille à la peau laiteuse, hypnotisé par la pureté qui émane de son portrait. Le visage, d’une finesse incomparable, résulte d’un méticuleux agencement de lignes courbes que caresse la lumière hivernale. Cette inconnue, qui devrait se sentir engoncée dans toutes ses parures, paraît étonnamment à l’aise. On ne peut s’empêcher d’être surpris par la richesse discrète de ces atours, qui contraste singulièrement avec la simplicité du modèle.

Cette opposition entre beauté naturelle et préciosité créée par la main humaine se perçoit même physiquement : l’épiderme, qu’on imagine doux et frais, est traité par grands aplats couleur ivoire, tandis que la bordure du couvre-chef et le collier sont détaillés au moyen de minuscules touches de peinture. L’utilisation de la peinture à l’huile prend ici tout son sens : elle apporte un aspect verni, presque brillant, au teint d’albâtre de la jeune femme et aux métaux précieux qui cernent son visage.

Au premier regard on la penserait réservée ; mais en la fixant plus longtemps, on décèle chez elle une grande assurance, voire un air légèrement condescendant. Voyez son sourcil gauche relevé dans un délicat dédain, qui semble nous indiquer l’habitude de la jeune femme d’être au centre de l’attention. Le mystère de son expression, l’incapacité que l’on a à lui donner un âge, son absence d’identité… tout concourt à la rendre universellement attirante. Elle en deviendrait presque une figure de dévotion.

Louise

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