Jean DuBazar

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Avouez-le, vous êtes noyés sous la vague culturelle qui déferle sur la capitale comme chaque automne : les grandes rétrospectives du moment (Braque au Grand Palais, Lichtenstein au Centre Pompidou), la multitude d’expositions qui ont ouvert leurs portes ces dernières semaines (des éphèbes dénudés d’Orsay aux merveilles d’Angkor à Guimet) et la foule d’évènements internationaux parisiens (à peine remis de la FIAC fin octobre, vous irez vous émerveiller à Paris Photo début novembre). Pfiou. Alors en plein surchauffage culturel, vous être peut-être passés à côté des rares affiches annonçant une des expositions qui se tient en ce moment aux Arts Décoratifs : Jean Dubuffet, Coucou Bazar.

Séance de rattrapage, on vous briefe pour que vous y couriez cette semaine. Pourquoi y courir ? Parce que vous n’avez qu’un mois, l’expo ayant débuté le 23 octobre ferme ses portes le 1er décembre ! Vite vite vite, on vous en parle.

Jean Dubuffet c'est qui ?

Artiste du XXe (1901-1985), à la fois peintre, sculpteur, plasticien, écrivain, Dubuffet est un touche-à-tout. Il s’est toujours positionné dans le rejet des institutions culturelles, dès son adolescence avec l’Académie Julian (école de peinture et de sculpture qui forma nombre d’artistes de la seconde moitié du XIXe et du début du XXe) qu’il quitte quelques mois après y être entré, préférant se former par lui-même. Il cherchera toute sa vie à se dégager des influences de la culture artistique « académique », car il croit en l’art à la portée de tous. Il refuse de voir l’artiste comme un génie, et s’intéresse aux dessins d’enfants et de marginaux à partir desquels il invente la notion d’Art brut.

Coucou Bazar c'est quoi ?

 

 

Coucou Bazar, c’est d’abord un spectacle. Tout commence en 1962, lorsque Dubuffet débute un cycle d’oeuvres qui l’occupera pendant 10 ans : l’Hourloupe. C’est probablement la partie la plus connue du travail de l’artiste, car immédiatement reconnaissable : des formes blanches aux épais contours noirs, coloriées ou rayées de rouge et de bleu. A l’origine gribouillée au bic, Dubuffet décline son Hourloupe en peintures, en sculptures plus ou moins monumentales, jusqu’à l’architecture.

Au début des années 1970, Dubuffet franchit une autre frontière artistique et créé Coucou Bazar, sous-titré Bal de L’Hourloupe ou Bal des Leurres, spectacle tenant aussi bien du théâtre, de la danse que de la performance, et pour lequel il créé aussi une ambiance musicale. Il dessine l’ensemble dans le style de l’Hourloupe : des panneaux verticaux sur roulettes servent de décor (les « praticables »), devant lesquels des danseurs portent des costumes de personnages imaginaires sortis de l’esprit et de la main de Dubuffet. Le tout se déplace frontalement, dans une lenteur infinie, comme les morceaux animés d’un tableau. Coucou Bazar sera présenté trois fois au public : en 1973 au Salomon R. Guggenheim Museum de New York, puis au Grand Palais à Paris la même année, et enfin cinq ans plus tard à Turin.

Et l'expo est comment ?

L’exposition qui se tient ce mois de novembre aux Arts Décoratifs tente de recréer l’impression laissée par le spectacle. Tirant pleinement parti de la topographie particulière du lieu, une scène a été montée dans la nef du musée, présentant les praticables et les costumes posés sur des mannequins. L’enchainement des salles de chaque côté de la nef est organisé de manière thématique : la genèse du spectacle avec carnets de croquis et photos d’atelier, les recherches musicales audacieuses de Dubuffet avec instruments et des extraits,  le spectacle de New York, celui de Paris, puis celui de Turin… Clou du « spectacle », grâce à une équipe mobilisée en continue pour l’occasion, un danseur en costume déambule lentement dans l’exposition, ouvrez l’oeil !

Pourquoi j'y vais ?

Pour crâner dans les dîners, parce qu’il ne faut pas être passé à côté de Dubuffet cette année, durant laquelle son actualité artistique a été particulièrement riche :

  • Avec l’exposition Chaissac-Dubuffet, entre plume et pinceau (Musée de la Poste, Paris – Mai à Septembre / Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables d’Olonne – Octobre à Janvier 2014)
  • Avec l’exposition Jean Dubuffet – l’Hourloupe, de la peinture du monument (Espace Musées de l’Aeroport Roissy Charles de Gaulle – Juin à Janvier 2014)
  • Dubuffet était également à l’honneur à la FIAC : outre ses œuvres présentées par les galeries Jeanne Bucher et Waddington Custot, on pouvait admirer sa sculpture monumentale Welcome Parade devant le Petit Palais.

L’exposition vaut surtout le détour pour son côté « immersion » : les croquis et annotations de la main de Dubuffet, les différentes phases de recherches, les photos d’atelier, les plans, les maquettes… vous permettent de toucher du doigt l’immense entreprise qu’a réalisé là l’artiste. La recréation de la scène, les extraits de films et le danseur qui se déplace dans l’exposition vous font rentrer dans la peau du spectateur de 1973 ou 1978, tandis que la reconstitution du vestiaire grandeur nature vous emmène en coulisse, et que les coupures de presse relatives aux trois spectacles vous plongent dans l’ambiance de l’époque.

Je veux en savoir plus, je fais quoi ?

Pour les infos pratiques de l’exposition ou pour approfondir après la visite : http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/arts-decoratifs/expositions-23/actuellement/dans-la-nef/jean-dubuffet-coucou-bazar/

Pour apprendre à connaître Dubuffet, découvrir le reste de son œuvre en dehors de l’Hourloupe, et savoir où admirer son travail en musée ou en plein air : http://www.dubuffetfondation.com/index2_fr.htm

Sandrine Philippart

Exposition Jean Dubuffet, Coucou Bazar

  • Du 23/10/13 au 1/12/13
  • Plein Tarif 9,5€ / Tarif réduit 8€
  • Arts Décoratifs (Nef), 107 rue de Rivoli, 75001 Paris
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