The Living Rope : un conte maya

Mayab Eterno, par Fernando Castro Pacheco

Mayab Eterno, par Fernando Castro Pacheco

Il existe un conte très répandu dans les populations mayas de la péninsule du Yucatan (c’est ici), dont les nombreuses versions attestent d’une tradition orale longue de plus de deux siècles. Sans chercher à tergiverser sur son intérêt ethnographique ou sa portée prophétique, penchons-nous sur ce mythe de l’époque coloniale intitulé kuxa’an suum.

L’histoire débute avec la découverte d’un coffre à proximité d’un lieu anciennement symbolique pour les Mayas : selon les sources, dans un cenote (puits calcaire dans lequel on réalisait des sacrifices à l’époque précolombienne, piscine paradisiaque pour touristes de nos jours), à proximité d’une ruine archéologique ou d’un arbre ceiba (l’arbre du monde, axe sur lequel est censé reposer l’univers). A l’intérieur de ce coffre se trouve une corde merveilleuse, sans fin ; les hommes, cherchant à se l’approprier, essaient d’en couper des portions, mais la corde se met à saigner.

On raconte ensuite que, lors de l’Apocalypse, l’extrémité de la corde s’en va rejoindre le sommet de la cathédrale de Mérida, et que la puissance sera accordée à celui qui parviendra à cheminer sur ce fil tendu. Espagnols et Mayas tentent leur chance, chaque camp décidant d’envoyer un candidat sur une monture particulière : tandis que les premiers choisissent un cheval, les Amérindiens, plus avisés, préfèrent un écureuil. Ce dernier, agile et menu, amènera la victoire aux Mayas.
Une autre version, plus biblique, veut que tous les hommes aient à marcher sur cette corde et que seuls les Justes y parviennent sans tomber.

Cette histoire, certes amusante, possède une grande symbolique. La corde serait l’évocation du cordon ombilical de l’Univers, reliant le passé à un futur meilleur ; ceux qui cherchent à se l’approprier font preuve d’une avarice qui sera punie au moment de leur passage sur cette living rope. Mais l’intérêt du kuxa’an suum réside avant tout dans le syncrétisme dont il fait preuve, à mi-chemin entre tradition autochtone et coloniale. Bien que basé essentiellement sur des références chrétiennes, ce conte atteste de la persistance de la culture maya, et aspire à une libération du peuple colonisé.

Louise

Sources :

LETCHER LAZO (Catherine) : Conference The Living Rope : Oppression and Resilience in Yucatec Maya Oral Littérature, 18th European Maya Conference, 02/11/2013, Bruxelles

RUGELEY (Terry) : Of Wonders and wise men : Religion and Popular Cultures in Southeast Mexico, University of Texas Press, 2001

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