Sebastiao Salgado : Paris retourne aux sources

Le photographe brésilien Sebastião Salgado inonde la capitale d’images toutes plus irréelles les unes que les autres. Paris Photo, la Polka Galerie et la Maison Européenne de la Photographie ont accompagné ce grand retour de dédicaces et de rétrospectives. Un univers pourtant nôtre et si étranger, sublimé dans le langage de cet homme  « amoureux du monde ».

Né le 8 février 1944, il commence d’abord par des études d’économie au Brésil puis en France. Elève brillant, il change d’itinéraire en 1973. Alors sensibilisé à la réalité économique et sociale du monde, il décide de la documenter par le médium photographique, en autodidacte. Il appartiendra tour à tour aux grandes agences Sygma, Gamma et Magnum, qui ont abrité de nombreux photoreporters de renom. Sa « patte photographique » se définit par une constance du noir et blanc, ainsi que par les grandes dimensions de son tirage.

Nommé représentant spécial à l’Unicef en 2001, travaillant à deux reprises pour Médecins sans Frontières, Salgado se positionne en médiateur entre la civilisation occidentale et les contrées retirées, bien souvent exclues du circuit économique mondial. Critiqué comme d’autres artistes contemporains de faire « beauté de la misère humaine »,  à des fins commerciales et dans un langage démagogue, il témoigne dans sa dernière série Genesis d’une quête devenue existentielle.

La Galerie Polka reprend les grandes œuvres et étapes du travail de Salgado. Après avoir axé son travail sur les conditions de travail déplorables dans les mines et les puits de pétrole (Workers), il a documenté les différentes migrations de populations dans ses Exodes. Son œuvre s’achève à l’heure actuelle, sur le retour aux sources, dans ces parties du globe où la mondialisation n’a pas eu prise. L’homme qui subit la misère sociale ne peut que fuir vers des horizons meilleurs, vers des racines profondément naturelles et originelles. Du constat découle une leçon. La morale est belle. Sans doute utopique. Déjà énoncée. Mais jamais avec un tel impact : il existe bel et bien un monde préservé, et ce travail colossal en est la preuve. 

C’est sans aucun doute l’apogée du travail que la MEP expose en ses murs. Genesis, un titre riche de sens, que certains qualifieront de prétentieux, mais dont la noble ambition semble avoir été atteinte. Huit ans de voyages, de rencontres comme de solitude, un appareil numérique, ont été nécessaires à la constitution de ce témoignage d’outre-Terre. Cette exposition-monument, c’est l’étape ultime d’une démarche, visant à réconcilier l’homme avec sa nature, et la Nature. Conçu en tant qu’ouvrage, ce livre est mis en valeur dans toute sa dimension quasi-religieuse, au cœur de l’exposition : il est à considérer comme un objet fort en soi, porteur d’un message, d’une vérité, et d’un trésor de beauté.

Adulé, admiré, le travail de Salgado est propre, sans défaut (à outrance ?). Artiste par non choix : sa maîtrise technique déroutante, mise au service d’une esthétique fondée sur le détail et les contrastes de valeurs, en fait l’un des photographes les plus touchants de la scène contemporaine. Salgado signe ici un travail jusqu’alors inédit, dans le respect d’une tradition documentaire et générosité singulière.

Anaïs

Sebastião Salgado

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