Histoire d’images

Attardons-nous aujourd’hui sur trois exposition d’art contemporain qui, chacune à leur manière, revisitent le sens de l’image photographique. Ces différents projets, en apparence très distincts, proposent tous de nouvelles expériences à partir de cette même-photographie, fournissant trois réponses à la même question : quelle est la place de la photographie documentaire dans l’art contemporain ?

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Galerie Yvon Lambert : David Claerbout, « Interfuit »
David Claerbout - Interfuit, exhibition view Travel, 1996 - 2013  Crédit : Rebecca Fanuele

David Claerbout – Interfuit, exhibition view Travel, 1996 – 2013
Crédit : Rebecca Fanuele

Comme le dit lui-même l’artiste, son travail intervient entre « le sensible et l’intelligible » : en se fondant sur notre conception de la photographie en tant qu’image réaliste et technique, il propose une nouvelle expérience de l’espace et du temps par une toute autre approche de l’image. Subtil, voire minimal, l’artiste s’empare de clichés photographiques documentaires – les siens comme ceux des autres – sur le mode de l’exploration. Par une modélisation 3D (et pourtant, ce n’est pas du tout à mon goût) Claerbout nous fait pénétrer l’espace représenté, propose une circulation autour et dans la scène, et recrée les effets visuels induits par notre déplacement dans ce décor.

Les sensations sont facilitées par de vastes installations nocturnes dans lesquelles les personnages nous dépassent, et nous, voyeurs, les observons sans être vus. Par ce biais, c’est non plus un voyage dans l’espace qu’il propose, mais aussi, une exploration du temps : le moment saisi dans l’instant photographique, à peine quelques centièmes de seconde, se fige dans la durée, étendu au temps de l’analyse que nous en faisons. La photographie, comme outil archéologique de notre quotidien, prend alors tout son sens, dès lors qu’elle est sujette à de véritables fouilles. Très sensible et contemplatif, ce travail est très accessible.

24 octobre – 22 novembre 2013. Plus d’informations ici.

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Galerie Karsten Greve : Robert Polidori, « La Mémoire des murs »
Attique du Midi, Aile du Midi – Attique, Château de Versailles, France  Robert Polidori, 2005

Attique du Midi, Aile du Midi – Attique, Château de Versailles, France
Robert Polidori, 2005

Photographe et artiste-reporter, Robert Polidori témoigne de ses voyages dans un accrochage-répertoire… de murs. En apparence, les murs nus, comme témoins d’une histoire et d’une civilisation, semblent à eux seuls faire œuvre. Que ce soient ceux de Versailles, d’Inde ou de Pripiat (près de la centrale de Tchernobyl), tous témoignent d’évènements et semblent endosser une signification très éloignée de leur rôle protecteur, en montrant leur faiblesse. Après un moment devant ces propositions très picturales, sans doute y verrez-vous non plus une exposition photographique, mais archéologique à nouveau, comme témoignage des ruines d’une humanité dont les constructions si techniques et « prestigieuses », vidées, démolies, annoncent la fin d’une civilisation. L’effet vitré où se reflète le spectateur contribue à le transporter dans un musée d’histoire. La photographie immobilise à tout jamais ce stade de la décomposition, comme moment-clé de constat d’un déclin.

7 septembre – 21 décembre 2013. 5 rue Debelleyme, Paris 3e.

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Galerie Thaddaeus Ropac : Yan Pei Ming , « Help »

Non pas directement photographe, ce peintre inscrit cependant ce travail sur le mode du témoignage d’actualité en proposant une interprétation de clichés tirés de journaux. « Help », c’est le cri poussé par cet artiste d’origine chinoise, dont l’œuvre ne s’inscrit pas nécessairement dans la défense des droits humains comme Ai Wei Wei, mais plutôt en héritage de la peinture historique de Géricault – dont il a su reprendre les dimensions monumentales – ou de Goya – qui lui a sans aucun doute inspiré sa spontanéité gestuelle et le travail du noir et blanc.  Synthétique dans ses plans, mais généreux dans sa touche, l’artiste, héritier de nombreux mouvements du XXe siècle, semble avoir acquis un langage tout à fait personnel. Accusateur ? Je ne pense pas. La facture de ses toiles témoigne d’une perception sensible du monde : agitée, la peinture à l’huile s’accumule dans une couche épaisse et mouvementée, tel un brouillard, réel ou médiatique.

21 octobre – 23 novembre 2013. Plus d’informations ici.

Anaïs

[Les expositions, pour la majorité déjà terminées, sont citées à titre d’exemple pour leur propos artistique]

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