Couleurs du monde : le regard de Depardon

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Un évènement unique 

Le Grand Palais accueille du 14 novembre 2013 au 10 février 2014 une partie de l’œuvre colorée de Raymond Depardon, minime (en quantité) en comparaison de son travail noir et blanc. L’exposition présente des clichés inédits de ces 5 dernières années, et reprend les tirages majeurs, ainsi que les séries les plus importantes dans le cadre de son travail de la couleur. Synthétique, l’exposition ne retrace que les grandes lignes de sa carrière et ses dernières productions. Aussi, si certains risquent de rester sur leur faim, tandis que d’autres sauront se saisir de cette occasion pour faire l’expérience de cette vision indicible et pourtant, si riche de sens.

Un travail dans la durée

L’exposition démontre bien la progression par étapes de Depardon dans sa quête d’un langage coloré personnel. L’artiste le dit lui-même : il ne voit pas en couleur. Ce sont les demandes et les tendances qui l’ont amené à en faire l’usage. L’artiste, dans un langage simple et épuré, toujours maître de ses compositions, a su donner à ses couleurs une raison d’être dans le cadre de son travail, basé essentiellement sur les nuances de valeurs. Contraste, rappel, ou jeux combinatoires : la couleur prend une valeur d’évènement dans ces photos. Elle fixe l’élément fort, l’intérêt majeur de la photo, mais avec discrétion et justesse, sans nuire à un ensemble d’apparence tranquille, voire banal. C’est la série inaugurale de Glasgow qui donnera, dès les années 1970, le sens de la couleur chez Depardon : dans un décor sombre, une grisaille urbaine, l’artiste souligne de-ci de-là des éléments d’exception dans le champ de la photographie. De la même manière qu’en noir et blanc, c’est sa perception hypersensible qu’il immortalise et nous propose dans son langage coloré.

Un homme simple guidé par une intégrité artistique

Ma visite fut d’exception. En effet, un curieux cortège fit son apparition en cours de route : Depardon, en personne, faisait visiter l’exposition à Monsieur le Président de la République. De quoi se sentir de trop, peut-être ! Mais surtout, une excellente occasion d’entendre parler cet homme que l’œuvre colossale a propulsé à une place de choix dans le monde de l’art. Et c’est avec simplicité, mais surtout le regard d’un reporter, qu’il commenta ses œuvres : à quel voyage cela se réfère-t-il, quand les clichés ont-ils été pris, dans quelles circonstances, et qui sont ces personnes, et que -m’ont-elles dit…

Issu d’un domaine rural, Raymond Depardon semble avoir conservé une humilité déconcertante malgré son actuelle respectabilité. Un langage simple, des manières simples, pour un homme pour le moins atypique. Résolument engagé, certains lui ont cependant reproché d’être trop sage dans ses derniers clichés. Aussi, c’est en retrait qu’a toujours procédé Depardon. Evoquer plutôt que montrer, et ainsi nous amener à penser. Idem pour le sens de la couleur. Car c’est chez lui, dans la Ferme du Garet, qu’il comprend la signification qu’il attribue aux couleurs : le « tracteur rouge de [son] frère, et la mobylette bleue de Nathalie, [sa] nièce ».­­

La couleur évoque : les gens, des goûts, des saveurs, des ambiances, … le changeant, le mouvant, le vivant, qui fait, bien souvent, la richesse de la photographie sociale de Depardon. Elles lui permettront dès lors de souligner l’individualité et le caractère unique de chacun de ses expériences. Quant aux décors, souvent porteurs des traces d’un désastre que ce reporter suit ou fuit, ils ne vivent que par ces regards que Depardon nous amènent à poser et à penser.

Anais

 Raymond Depardon : Un Moment si Doux

  • Grand Palais, Galerie sud-est
  • jusqu’au 10 février 2014
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