Hans Richter, La traversée du siècle

Hans Richter, Blauer Mann [Homme bleu], 1917 Huile sur toile, 61 × 48,5 cm Kunssthaus Zürich, Don de Frida Richter, 1977 © Estate Hans Richter

Hans Richter, Blauer Mann [Homme bleu], 1917 Huile sur toile, 61 × 48,5 cm Kunssthaus Zürich, Don de Frida Richter, 1977 © Estate Hans Richter

« Hans Richter, La traversée du siècle » : un titre fort pour un pari ambitieux. Sans doute irréalisable. Jusqu’au 24 février, le Centre George Pompidou de Metz consacre une rétrospective à un artiste trop méconnu, malgré l’ampleur de sa contribution aux avant-gardes. Synthétique, elle parvient pourtant à communiquer le caractère atypique ainsi que la diversité des travaux de cet artiste discret.

Pensez donc ce lieu d’exposition : un espace sobre, et sombre, où se rencontrent textes de l’auteur et œuvres graphiques, peintures sur rouleaux et films, travaux de ses contemporains et œuvres collectives. L’accompagnement du spectateur est nécessaire à l’expérience de cette œuvre difficile et protéiforme. Aussi, le parcours chronologique rend compte, avec beaucoup de fidélité, d’une construction progressive, dans la durée, des multiples problématiques soulevées par l’auteur, ainsi que du jeu de question-réponse entre ses différents médiums de prédilection. Car si Hans Richter fut associé à de nombreux mouvements, tels que le Constructivisme, le Néoplasticisme, le Suprématisme, le Bauhaus ainsi que le groupe Dada, il affiche également une pratique artistique composite, parsemée de graphisme, de peinture, d’écriture et de cinéma.

Historien et théoricien, sa polyvalence participe à une impression d’un univers autre, établi, élémentariste et terriblement optimiste. On saura reconnaître que sa force réside avant tout dans sa diversité, et sa richesse, dans sa capacité à être malgré tout cohérent. Visiter cette exposition n’est pas de tout repos, et exige concentration et un regard actif : vous en ressortirez saisis d’admiration devant l’intelligence de cette pratique.

Souvent éclipsé par ses contemporains, ou à de multiples reprises associé à des groupes tels que les revues Der Sturm ou G, Hans Richter affiche cependant une certaine autonomie. Ainsi, son travail aborde tout autant des problématiques liées à son temps et à sa société que celles d’une recherche profondément personnelle et ineffable ; il se construit dans un perpétuel va-et-vient entre engagement politique et poésie et humour, figuration, et abstraction. Toute une vie traversée par l’image, ses formes et ses enjeux.

En effet, Hans Richter fut et sera avant toute chose un créateur d’image, qu’il élabore à partir de notions musicales : rythme, composition, partitions. Fixes ou animées, elles se répondent et participent à une quête artistique infinie et indicible, explorant toutes les possibilités d’équilibre ou de dynamisme. Ses recherches, très sensibles, sont aujourd’hui reconnues comme de grandes contributions au graphisme, d’une part, et au cinéma, d’autre part, dont il sera le pionnier du genre abstrait. Ses écrits permettent de rendre compte de ces multiples expérimentations, de leurs origines et de leur suite, dans une pratique qui ne connaîtra de fin que dans la mort, à l’âge de 88 ans.

L’hommage rendu par le Centre George Pompidou est à l’image des multiples générations d’artistes qui succèderont à ce pionnier, dont l’œuvre marque une étape déterminante dans la redéfinition de l’art graphique et vidéographique moderne. Piquée de curiosité, je me précipite sur les écrits de cet homme qu’il me tarde de connaître.

Anaïs Lapel

Hans Richter. La Traversée du siècle :

  • Du 28 septembre 2013 au 24 février 2014
  • Centre Pompidou Metz
  • du lundi au vendredi de 11h à 18h, de 10h à 20h le samedi et de 10h à 18h le dimanche. Fermeture le mardi.
  • Tarif variable selon le nombre d’espaces d’expositions ouverts : 7€, 10€ ou 12€
  • Entrée gratuite pour les moins de 26 ans
  • Plus d’informations ici
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