Suji Park x JBMT

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© Suji Park photography

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Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Suji Park, photographe sud-coréenne, dont l’œuvre nous transporte dans un univers à la fois délicat et mystérieux. Elle aime à constituer de véritables séries logiques avec ses clichés, tout en nous laissant libres de les interpréter à notre façon. Bribes de corps, d’objets et nature brumeuse sont là pour chatouiller notre imagination, doucement caressée par le grain et les demi-tons de ces photographies d’un autre temps.

© Suji Park photography

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Bonjour Suji,

Est-ce quelque chose d’important pour toi que de pratiquer la photographie argentique ?

Oui, je pense que c’est important. Depuis que je suis petite, j’ai une sorte de nostalgie des temps passés, que je ne peux retrouver que dans les films et les livres. Cela m’inspire beaucoup de recréer et d’imaginer ces époques passées. La plupart des appareils argentiques de nos jours sont anciens et de seconde main ; moi-même, j’utilise un appareil que mon père m’a donné. En travaillant avec la photographie analogique, je me sens en quelque sorte connectée au passé.

Comment décrirais-tu ton univers ?

Je pense mon univers comme une minuscule planète, à la manière de celle du Petit Prince. C’est un endroit depuis lequel je pourrais voir des millions d’étoiles dans le ciel. A l’aube, le gel se poserait sur les roseaux et je pourrais voir des flocons se prendre dans les sourcils du jeune Rilke. Au matin, la rosée étincellerait sur les jeunes pousses printanières au soleil. Le soir, je me rendrais dans une forêt de pin où regarderais le soleil se coucher. Durant la nuit, je me poserais seule devant mon bureau, avec ma lampe allumée, et pourrais sentir la douce brise automnale sur ma peau.

© Suji Park photography

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Tu photographies souvent des êtres humains, mais jamais à la manière de portraits ; tu sembles immortaliser plus des ombres que des visages. Est-ce un acte conscient de ta part ? Pourquoi?

 Je dirais que je fais ça pour laisser une sorte de place à l’imagination, pour que les personnes soient libres d’interpréter les émotions et l’atmosphère de mes photographies à leur propre façon, sans se voir imposer une solution précise par les expressions des visages. Ils vont finalement plus s’attarder sur le rapport entre le modèle et son environnement, ou l’atmosphère des photographies. Je continue et continuerai ainsi pour certains projets, mais je compte aussi m’essayer au portrait dans un futur proche.

Il y a beaucoup de jeux sur les reflets et le flou dans tes photographies ; est-ce que tu utilises une technique particulière pour obtenir ce résultat ? (surfaces réfléchissantes, temps de pose long…)

Non, je n’ai pas de technique particulière, je photographie les choses telles qu’elles sont !

 

© Suji Park photography

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Tes clichés s’inscrivent dans des histoires très « construites ». Comment fais-tu pour les trouver ? As-tu besoin d’imaginer une histoire précisément pour te sentir inspirée  ?

Il ne m’est pas toujours nécessaire d’imaginer une histoire, puisque j’ai diverses sources d’inspiration. Cependant, il est certain que la narration joue un rôle essentiel dans mon travail. Je peux être inspirée par un texte, ou une histoire que j’invente moi-même à partir d’autres éléments. Par exemple, l’idée de ma série « Crown » me vient d’un petit garçon que j’ai rencontré un jour, qui m’a beaucoup touchée par son innocence, et des poèmes que j’ai lus après coup. Généralement, je n’ai pas une histoire clairement construite en tête, mais plutôt une vision  qui se précise au fur et à mesure que je photographie.

Tes photographies ont presque toujours la nature pour cadre, pourquoi ? Qu’est-ce que cela représente pour toi ?

Le fait de me trouver dans la nature m’apaise, et je ne peux pas m’empêcher d’en capturer la beauté. La nature change de visage selon l’heure et la saison, suscitant à chaque fois des sensations différentes. Par exemple, j’adore l’odeur de la terre après une pluie printanière. Justement, le printemps arrive, et sentir cette odeur en même temps qu’écouter les gouttes tomber me rappelle les souvenirs passés à cette saison. Cela me rend nostalgique, et m’inspire. Aussi, j’ai l’impression de m’échapper du monde réel lorsque je me trouve dans la nature.

Merci Suji !

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Today we meet Suji Park, South-Korea-based photographer, whose work transport us to a both delicate and mysterious world. She likes to make up accomplished series with her shots, while still letting us free to interpret them. The pieces of body, of objects and the foggy Nature she captures make us dream. And so do the grain and the soft colors in her ancient-like pictures.

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Hello Suji,

Is it important for you to practice analog photography?

Yes, I think it is important. Since I was a child, I always have had some kind of nostalgia for old times that I could only encounter through movies and books. It is very inspiring for me to trace back and imagine these times. Most analog cameras are old and used ones now; the one I’m using is also inherited from my father. By taking photos with analog camera, I feel like I’m somewhat connected to the past.

How would you describe your universe?

I imagine my universe as a tiny planet, like the one of The Little Prince. It is the place where I could see million stars in the sky.  At the dawn, frost would lay down on reeds and I could see snowflakes on eyelashes of young Rilke. In the morning, dews on spring sprouts would shine with sunlight. In the evening, I would go to pine forest and look at the sun going down. In the night, I would be sitting at desk alone with lamp on and feel soft autumn breeze on my skin.

© Suji Park photography

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You take pictures of people, but never portraits. You seem to photograph more shadows than faces, is that a conscious act? Why?

I would say that it is because I want to leave some other spaces for people to interpret emotions and atmosphere in their own way, without looking at model’s facial expressions. To be specific, it is something that comes from relationship between the surroundings and the existence, and the subtleness. I have and will continue this way but for some projects, I would try portraits in near future.

There is a lot of reflections and blurred lines (sorry for the Robin Thicke reference) in your pictures, do you work with mirrors or just with your camera?

(Haha) About that, I don’t have any special ways. I just shoot as it is.

© Suji Park photography

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Your pictures take part of really « constructed » stories. How do you create them? Do you need to imagine some story precisely to get inspired?

Well, it is not always necessary to imagine some story to be inspired as there are various inspiration sources for me. However, it is evident that story plays a pivotal role in my photography. I could be inspired by literature pieces or I could come up with my own story through other inspiration sources. For example, « Crown » is one of my series works. To tell you briefly how I got inspirations for this series, I met a little boy one day and I was very touched by child’s innocence. Afterwards, I read several poems and I came up with a story in my mind. However, story is not always very precise at first. Often it is rather a story that flows with heart and it becomes more constructed while I shoot.

Your photographs mostly take place in Nature, why? What does it mean to you?

I find it soothing to be in nature and I can’t help capturing its beauty. Nature has different faces depending on time and season; it brings specific sensations. To give an example, I like the scent of soil after spring rain. As spring is coming now, smelling soil while listening to raindrops remind me of past spring memories. This evokes nostalgia and ultimately inspires me. Furthermore, when being in wild nature, it makes me feel like escaping from real life.

© Suji Park photography

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Thanks a lot Suji !

 

Louise Deglin

Suji Park Photography :

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