Pourquoi les livres français sont-ils moches? #1

Si quelque chose me gêne avec les éditions françaises, ce sont bien leurs couvertures. Bien que l’heure soit aux « blind dates » littéraires (les livres sont empaquetés dans du papier kraft, et seuls les quelques mots-clés inscrits dessus doivent inciter le client à faire son choix) et aux formats Kindle, les adeptes du papier aiment à tenir en main un objet qui délecte les sens. Le toucher ou l’odorat peuvent être facilement comblés, mais il n’est pas rare que les rétines finissent brûlées devant les couvertures des livres de poche français. Pourquoi sont-ils si laids ?

Le manque de moyens, certes. Mais quitte à payer des droits d’auteurs pour une photographie, engager un graphiste pour un petit travail ou choisir une typographie particulière, pourquoi ne pas rendre la chose un minimum harmonieuse et attrayante ? En effet, si l’on souhaite posséder un bel ouvrage, il nous faut directement débourser une bonne vingtaine d’euros ; même si le concepteur des maquettes de la collection « Blanche » de Gallimard ne doit pas être épuisé. Du moins, la sobriété de la jaquette – sans parler de la qualité du papier, qui justifie une partie du prix – repose les pupilles, pour notre plus grand plaisir.

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La comparaison avec les éditions anglo-saxonnes est particulièrement marquante : à gauche, « Orgueil et Préjugé » de Jane Austen (éditions Dover, 3$) et à droite, « Ainsi parlait Zarathoustra » de Nietzsche (éditions Flammarion, 4€80). Certes, la production doit se faire à bien plus large échelle en langue anglaise, ce qui en baisse automatiquement le coût. Mais honnêtement, une couverture bien kitsch, ou au contraire très simple, ne vaut-elle pas mieux qu’une pseudo-créativité clairement ratée?

Anaïs l’a dit, ma libraire l’a dit, nous assistons au retour du livre-objet. Sans pour autant entrer dans la catégorie des « beaux livres », les poches esthétiquement plaisants font discrètement leur apparition – ce dont Lorraine vous parlera la semaine prochaine. Et je n’ai qu’une chose à dire : ENFIN.

Louise Deglin

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