Printemps de Bourges : J2, Schlaasss

© Anaïs Lapel

© Anaïs Lapel

A l’occasion du Printemps de Bourges, j’ai eu le plaisir et l’effroi de pouvoir revoir Schlaasss sur scène, moi qui, il y a un an à peine, les avais croisés dans un squat d’artistes parisien. Cette rencontre ne pouvait de toute évidence pas se passer comme les autres.

Leur live, c’est 30 minutes de sperme, de sang et de sueur ! Et tout le monde y passe : les fils et filles à Papa, la gauche caviar, Fauve (dont l’engagement peut paraitre maigre à côté de ce groupe au tempérament rageur et explosif)… Des paroles violentes ou totalement décalées, un curieux cocktail d’électro-hip-hop-punk au son saturé et parfois agressif où se greffent deçà delà des mélodies plus douces. Une mise en scène à l’image de clips déglingués, où le trash ne relève nullement d’une culture grunge sur le retour, mais plutôt comme le résultat inévitable d’une démarche artistique.

A la sortie de ce concert paranormal, où les artistes n’ont pas salué, où le discours subversif extermine jusqu’à nos belles convictions (manger bio…), où les attitudes très second degré ne laissent rien transparaître des personnalités derrière les personnages, quelles questions poser ? Moi qui ai si peur de me prendre une Volvo dans le cul du simple fait de représenter un blog culturel d’origine parisienne, lorsqu’ils arrivent devant la salle d’interview et qu’un autre journaliste de France 3 Berry est présent, je saute sur l’occasion ! Comment l’autre journaliste va-t-il s’en sortir… Il ne les a pas vus en concert me dit-il… Je crois alors qu’il va se faire dévorer tout cru…

Mais leurs visages sont souriants, voire hyper joviaux. « Ici, le festival, c’est comme une colonie de vacances ». Je regarde impatiente l’autre journaliste qui s’était préparé à une interview où le ton absurde dominant en ferait un exercice musclé. On apprend alors que le groupe connut sa genèse lors d’une partouse en Volvo, il se fixa dès lors comme but de faire pleurer le monde. Juif, franc-maçon, queer, homosexuel et reptilien : autant d’identités marginales citées qui rendent ce groupe proprement inclassable. Dès lors, inutile de leur demander leurs références et leur univers. Ce n’est pas un groupe à qui on pose ce genre de questions.

© Anaïs Lapel

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Mais alors, en grattant à la surface rugueuse de ce charmant duo, la Bigleuse et le Grand Maigre, quelques bribes de démarches seront révélées. Je n’ai pas relevé l’ensemble de leurs paroles sensées, elles n’auraient d’ailleurs aucune utilité séparées des notes plus absurdes qui les accompagnent.

Schlaasss, c’est un groupe en colère. Un groupe qui constate que l’art en France est subventionné, établi sur la base de l’héritage, du réseau, du prestige. Aussi, ce n’est pas par hasard si leurs tronches vous dérangent plaquées sur les murs de Belleville, s’ils se produisent dans des squats, s’ils ont estampillé de leur fameux couteau les affiches du festival, s’ils ne saluent pas en fin de concert, s’ils cherchent à déranger une émission de France Inter.

 » – Les seuls qui comptent pour nous, c’est nos fans, ceux qui nous suivent, qui nous soutiennent, explique la Bigleuse, alias Charly Dirty Duran
Ouais, on vous aime ! ajoute alors le Grand Maigre, alias Daddy Schwartz
Mais, non arrête, on les connait pas ! »

Enfin, pour conclure cette présentation pour le moins énigmatique – comme l’est ce groupe qui ne gagnerait rien à expliciter son cheminement – Schlaasss est sans doute le groupe dont la démarche m’a parue la plus cohérente. Naturellement engagés, peu importe la forme, qui découle avant tout d’un fond de revendications multiples énoncées avec plus ou moins de virulence, mais toujours avec justesse et une certaine poésie.

© Anaïs Lapel

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« Le morceau Je préfère la nuit dit tout : le rêve, c’est une brèche dans laquelle on peut niquer la réalité ! »

Anaïs Lapel

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