Printemps de Bourges : Interview de A Tribe Called Red

Dans un anglais plutôt miteux, et selon la méthode employée depuis le début de ce festival, j’ai tenté de converser avec a Tribe Called Red. Avec ce même talent plutôt médiocre de la version, je vais tenter de vous retranscrire cet échange avec le trio de DJ’s.

© Ernesto Yerena

© Ernesto Yerena

Ce qui vous a démarqué des autres lorsque j’ai écouté vos sons, c’est évidemment la présence des chants traditionnels amérindiens. Je sais que vous êtes vous-même des Native Americans, et membres de communautés canadiennes. Comment la rencontre entre un son club et ces chants s’est-elle faite ? Pourquoi avoir choisi d’électroniser de la musique Pow-Wow ?

NDN : La musique Pow-Wow n’est pas la seule musique amérindienne, mais c’est la seule reconnue universellement par toutes les communautés d’Amérique du Nord. Au début du XXe siècle, nous avons été persécutés et on nous a interdit de pratiquer nos rites et traditions, nos chansons et nos cérémonies. Nos mœurs se pratiquaient alors dans le secret. En parallèle, il y avait ces grands voyages, la conquête des grands espaces américains, au cours desquels les voyageurs ramenaient avec eux des Native Americans et les autorisaient à faire du Pow-Wow. Ce chant et cette danse devinrent alors aux yeux de tous le seul rite autorisé.

Nous avons grandi avec cette histoire. Nous, nous avons voulu réutiliser le Pow-Wow, dans son sens premier, pour faire des fêtes et réunir notre communauté. C’est très vite devenu un vrai succès. Les jeunes aimaient notre musique hybride de Pow-Wow et de musique de club.

Donc, tout d’abord, votre musique se destinait à des Native Americans ?

Bear Witness : Non. Nous, nous avons juste organisé de grandes fêtes. Elles n’étaient pas strictement réservées à des Amérindiens, et d’ailleurs, beaucoup de monde est venu y assister. C’est ça notre vrai succès.

Vous ne considérez donc pas que votre musique ait un but politique ? Comme de défendre et de redonner une seconde vie à cette culture étouffée ?

Bear Witness : Pas vraiment… Nous voulions juste pouvoir faire des fêtes pour notre communauté. Mais c’est nécessairement devenu politique, bien que ce fut totalement inconscient. Plus que de défendre une culture, nous voulions plutôt la définir. C’est quelque chose qui ne s’observe pas que dans la culture Amérindienne. De façon générale, toutes les cultures doivent se redéfinir aujourd’hui, surtout dans la cadre de la ville où s’est tout simplement créée la culture urbaine, qui est une culture en soi. Tout le monde commence à réactualiser ses traditions aujourd’hui. Et plutôt que de défendre bec et ongle nos rites, on a plutôt suivi la tendance urbaine et on l’a adaptée à notre communauté.

En intégrant ces chants, notamment. Comment les choisissez-vous ?

NDN : C’est grâce à notre relation avec notre label. Ce ne sont pas de vieux enregistrements, mais des chants repris par de jeunes personnes qui tentaient de cerner l’ampleur du Pow-Wow aujourd’hui. Notre label nous a alors ouvert son énorme catalogue et nous nous servons de tout ce qui nous inspire et peut prendre sa place dans un remix.

Avez-vous pensé à travailler avec de véritables chants ? A faire vos propres enregistrements ?

Bear Witness : C’est une des possibilités, elles sont nombreuses. Mais n’oubliez pas que le cœur de notre travail c’est d’être DJs, on fabrique des sons plus que des idées.

Certes, mais lorsqu’on va sur Wikipédia, on vous présente comme un groupe qui utilise la scène pour véhiculer un message politique, par le biais d’images communes des Indiens… C’est tout de même une idée ça ! Quand est-ce apparu dans votre travail ? Comment pensez-vous que cela puisse toucher des gens en pleine soirée, parfois ivres, ou en tout cas, euphoriques ?

Shub : C’est venu assez tôt dans nos soirées Pow-Wow, dès la deuxième année. C’est une idée assez naturelle en fait, puisque ça collait avec notre démarche musicale.

Bear Witness : Et je pense que les gens sont touchés. Ces images ont plusieurs niveaux de lectures, comme toute image. Nous avons tous grandi avec ces images, elles sont pourtant de mauvaises représentations des Indigènes. Et même si d’abord, elles amusent et divertissent, le lendemain on repense à ce qu’on a vu, à la valeur de ces images, aux sens qu’elles véhiculent. Pour autant, on a quand même passé une super soirée !

Est-ce que c’est un cliché aussi, la coiffe de plumes pour vos couvertures ?

NDN : Pas vraiment, dans ma culture on les porte toujours. C’est une référence.

© Anaïs Lapel

© Anaïs Lapel

Ça ressemble à quoi un show de a Tribe Called Red ? On danse comme en club ou comme sur du Pow-Wow ?

Shub : Nous sommes DJs avant tout, nous on est derrière notre table. On crée l’interaction visuelle avec les images.

Bear Witness : Mais aussi, pendant notre tournée, on est suivi d’une troupe de danseurs, qui nous accompagnent avec des danses traditionnelles. Là pour le festival, ce n’était pas possible.

C’est votre premier festival ?

NDN : On a déjà fait les Transmusicales en décembre. Mais, c’est notre première tournée en France !

Et après cette tournée ?

NDN : On bosse sur un album en ce moment. Il sera assez différent, il y aura pas mal de collaborations, mais on ne peut pas trop en parler pour le moment. En travaillant avec des artistes actuels, rappeurs, musiciens, on va trouver de nouvelles façons d’explorer cette musique amérindienne.

 Anaïs Lapel

A Tribe Called Red :

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