Bill Viola ou L’invisible devenu image

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Aujourd’hui, Anaïs nous livre son ressenti suite à la rétrospective de Bill Viola, figure majeure de l’art vidéo, en ce moment au Grand Palais.

Cela fait longtemps que je réfléchis à cet article. Une exposition énigmatique, une réception critique mitigée, un médium encore jeune dont je ne cerne sans doute pas encore tous les enjeux ne m’ont pas empêchée de pressentir malgré tout une démarche riche et à creuser. Ce qui va suivre relève d’un défi, et les pistes que je vous propose méritent d’être discutées…

Le but de l’exposition n’est pas de regarder l’intégralité des vidéos, dont la durée totale d’enregistrement dépasse sept heures. Cette exposition se parcourt dans l’ensemble des événements qui s’y produisent, ou non. Le temps y est ralenti, l’ambiance est propre à la contemplation, bien que pour certains, elle fut propre à l’ennui. L’artiste, dans de longs plans fixes, fige notre regard sur une situation, dont nous ne connaissons bien souvent ni l’issue ni l’origine. Elle s’écoule dans toute sa lenteur, parfois son suspens. Le spectateur regarde les actions se déployer, sans pouvoir intervenir devant la répétition de scènes sans début ni fin, ou bien l’accomplissement fatal de destinées vouées à se répéter à nouveau dans la bobine de la vidéo.

Notre regard est alors celui d’un observateur de la vie humaine, dans ses attitudes physiques comme dans ses pensées. Actifs, les hommes que nous regardons semblent ignorer tout de leur destin comme de notre présence.

Trois parties structurent l’exposition : à la question Qui suis-je? Bill Viola répond par ses premiers travaux de vidéaste, qui abordent alors le thème de l’identité, par la mise en image du reflet, de la rencontre, des attitudes de la vie intime ou sociale, l’analyse du corps dans ses moindres parties telles que les mains.

Il poursuit : « Le paysage est le lien entre notre moi extérieur et notre moi intérieur », réponse à la question Où suis-je? Nous ne sommes que là où nous nous percevons être. Bill Viola semble exclure l’existence d’un espace en soi : n’est d’environnement que pour un être humain à environner, qui le perçoit et le construit. Dès lors, l’espace représenté chez Viola prend une valeur de manifestation de l’intériorité. Il y projette idées et émotions, lui donne alors un sens symbolique.

Enfin, à la question Où vais-je?, l’artiste répond par une phrase d’un maître du Romantisme, William Blake : « Si les portes de la perception étaient ouvertes, alors tout apparaîtrait à l’homme, tel quel, infini. ». Dans ce travail dont la logique propre reste métaphysique, la finitude de l’homme a amené une quête d’infini, devenu un thème récurrent chez cet artiste qui se plaît à donner corps aux idées d’élévation, de rêve et d’immortalité.

Pourquoi questionner des sujets aussi complexes ? Toutes ces préoccupations, plus ou moins propres à chacun, sont autant de motifs de recherches pour l’artiste, qui manifeste par là ses doutes et obsessions. Plutôt que de renoncer à son ambition périlleuse, Bill Viola a su proposer une exploration des grands thèmes de la vie, de la mort et de l’identité dans un langage épuré et sublime. Sublime car plus emprunt de symbolisme et de romantisme que d’une réflexion conceptuelle, dans ce travail de grande dimension et d’une qualité irréprochable.

De façon générale, l’art de Viola est un art de synthèse nourri de symboles forts, hérités de l’histoire de l’art, du cinéma et de notre culture la plus fondamentale. Il s’inscrit dans son époque et ses nouveaux médias, mais hérite d’un passé qui mérite, malgré tout, de trouver sa continuité dans les nouveaux outils artistiques.

Cette démarche joue sur la capacité de l’art vidéo à mimer des histoires irréalistes, avec toute la vraisemblance permise par la projection du corps humain filmé. Trouble ou rêve, construction de l’esprit en tous les cas. Sans réponse absolue à ces grandes questions existentielles, considérons que les seules valables soient ce que l’homme en pense, en conçoit et en imagine.

En voici un exemple dans cette rétrospective cohérente et immersive.

Anaïs Lapel

Bill Viola au Grand Palais

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