Les Raisins de la Colère, John Steinbeck

Il y a plusieurs mois déjà, nous vous parlions de A l’Est d’Eden, génial pavé rédigé par John Steinbeck ; attardons-nous cette fois-ci sur l’un de ses ouvrages les plus renommés, Les Raisins de la Colère.
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Ce dernier roman aborde un épisode mouvementé de l’histoire des Etats-Unis :
en pleine Dépression, des milliers de métayers doivent faire face à de terribles tempêtes de poussière et à d’inflexibles propriétaires terriens, se voyant alors obligés de fuir en Californie.

La sécheresse empêchant le bon rendement des terres, les banques confisquent aux exploitants leur parcelle et en profitent pour instaurer une agriculture moderne, nécessitant peu de main d’œuvre. Les familles de paysans n’ont comme solution que de s’exiler vers l’Ouest, où on leur promet allègrement maison blanche, vertes prairies et orangers lourds de fruits.

L’auteur appréhende la situation de deux façons : d’une part, il relate le cas particulier des Joad, des fermiers originaires de l’Oklahoma prenant la route pour survivre ; d’autre part, il étend son regard sensible mais objectif sur les circonstances de l’époque.
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Le lecteur ne sort pas indemne des Raisins de la Colère. Confortablement installé dans son fauteuil, il se doit de soutenir le regard de milliers d’individus plongés dans la pauvreté, sombrant progressivement dans la détresse, tentant plus que tout de conserver leur dignité.

Démunies, trompées, exploitées, ces familles entières forcées à la déportation s’accrochent aux rêves de carton-pâte que leurs diffusent des cartes-réclames. Et malgré les innombrables défaites, ces centaines de visages resplendissent d’une noblesse qui ne fait que s’accroître au fil des lignes.

Si la qualité principale du livre réside dans le délicieux style de Steinbeck, plein de sensibilité et de simplicité, ce dernier permet également de mettre en lumière un moment de l’Histoire peu connu des jeunes générations. Sans misérabilisme, l’auteur présente un constat honnête et nuancé de la transformation profonde que subit alors son pays. Il nous propose d’embarquer pour un exode païen, la Ruée vers l’or des oranges de Californie.
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Les Raisins de la Colère, film d’Henry Fonda

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A ce moment, ils cessèrent d’être tourmentés par cette faim sauvage, dévorante, qui les avait poussés en avant, faim de terre, d’eau, de sol fertile sous un plafond de ciel bleu, faim de pousses vertes et de racines gonflées de sève. […]

En perdant leur faim, ils avaient perdu le sentiment de ces choses, et maintenant les récoltes se chiffraient en dollars, la terre était devenue un capital producteur d’intérêts et les moissons étaient vendues et achetées avant que la graine ne fût semée.

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Les Raisins de la Colère
John Steinbeck, traduction de Marcel Duhamel et M.E. Coindreau
Collection Folio, Editions Gallimard
639 pages

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