Niki et la révolte esthétique

© Grand Palais - RMN

© Peter Whitehead – Grand Palais/RMN

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Aujourd’hui, on vous parle de la nouvelle exposition du Grand Palais pour la saison qui fait place à une grande dame, Niki de Saint Phalle.

Parce qu’au mois de septembre il faut se précipiter sur toutes les nouvelles expos avant d’être trop débordé pour faire quoique ce soit, j’ai testé pour vous Niki, et je n’ai pas été déçue – pour ne pas dire que j’ai enfin trouvé une idole à ma vie. Ah, Niki de Saint Phalle, quel personnage ! Ayant trouvé à l’origine l’affiche de l’exposition peu accrocheuse, ou peu commerciale, elle prend en fait tout son sens une fois que l’on s’est penché un peu sur la question : Niki n’a pas fait que des très grosses dames en couleurs, et surtout, elle est prête à vous tirer dessus à tout moment. Métaphoriquement parlant bien sûr – quoique.
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© Agathe Torres - JBMT

© Agathe Torres – JBMT

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L’exposition suit et regroupe les différentes grandes thématiques qui ont marqué l’œuvre de l’artiste. On a donc le plaisir de voir ou revoir les célèbres Nanas, les tirs, mais aussi des œuvres moins populaires, comme les mariées, les accouchements, les cathédrales ou triptyques, ou encore les mères et les déesses. Oui, ça fait beaucoup de femmes. Niki délivre à travers ses œuvres un discours passionnant sur la condition de la femme et le féminisme, mais pas que : l’humanité, la lutte pour la liberté, les droits civiques, la violence, la religion, le bien-pensant sont aussi décortiqués soigneusement.

Bref, elle mène une véritable révolte, qui sied bien aux années 60, avec force et conviction. L’exposition retrace d’ailleurs très bien le combat de cette femme qui met en branle toute son énergie créatrice pour se défendre, s’émanciper et vaincre les aberrations du monde dans lequel elle vit : quelques documentaires vidéos et extraits absolument délicieux nous montrent cette femme en colère, qui exprime sans vergogne son point de vue devant toute sorte de journalistes, parfois complètement machistes –  ou peut-être tout simplement hommes de leur temps.
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© Agathe Torres - JBMT

© Agathe Torres – JBMT

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Les œuvres exposées sont toutes aussi surprenantes les unes que les autres. Peut-être certaines, comme les mariées ou les dénonciations religieuses, sont moins « esthétiques », plaisent moins à l’œil que des Nanas éclatantes, mais elles n’en sont pas moins une merveille. Niki a le sens de la couleur, du détail, du symbolisme. Il faut se pencher, regarder en détail ce qui les compose, et c’est un travail passionnant que de voir se révéler à nos yeux tout cet amas d’objets, en réalité véritable explication de l’œuvre, et voir que tout fait sens.

Par ailleurs, la muséographie de la salle des Nanas est une assez jolie réussite : elle brille, elle vibre, elle éclate, on est transporté par cette kyrielle de couleurs. Et c’est le but, car Niki célèbre aussi la vie, la force créatrice à travers ses monumentales sculptures.
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© Agathe Torres - JBMT

© Agathe Torres – JBMT

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Ce que j’ai beaucoup apprécié dans cette exposition, c’est la façon dont elle retrace le panel des œuvres et la multiplicité de la réflexion de l’artiste franco-américaine. Tout l’œuvre de Niki aurait pu trouver son explication, ou du moins sa source, dans l’histoire de la jeune femme, qui a connu l’inceste. Mais au delà de la psychanalyse, Camille Morineau, commissaire de l’exposition, nous montre à quel point cette réflexion ne s’arrête pas là. Même s’il est évident que le traumatisme a marqué l’artiste, Niki passe bien au delà et on note une réelle conviction dans son travail.

Convictions sur la place de la femme dans la société, sur l’émancipation, sur le rôle de mère, sur la lutte pour les droits, mais aussi critiques sur la religion, la politique, la guerre… Niki est féministe, et par les temps qui courent, il devient crucial de se re-pencher sur ce terme décrié (merci Emma Watson). Et elle de le faire de façon brillante, réfléchie, moderne : les hommes sont tout aussi victime du sexisme que les femmes, et la recherche de l’artiste sur le monde englobe tout autant l’un que l’autre. C’est ce qui rend son discours non seulement révolté, mais intelligent.
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© Agathe Torres - JBMT

© Agathe Torres – JBMT

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Niki de Saint Phalle a été modèle dans sa jeunesse. Très belle femme, élevée dans la foi catholique, puis mariée jeune, sa vie aurait pu s’arrêter là. Mais sa boulimie de création, sa force de conviction, l’énergie qu’elle a déployée pour se sortir de sa condition et sa remise en question de tout ce qui a fait son éducation, en a fait une des artistes féminines les plus importantes de sa génération. Niki est belle, forte, talentueuse, révolutionnaire, Niki est femme. Pour découvrir le reste, rendez vous au Grand Palais jusqu’au 2 février 2015.
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Niki de Saint Phalle au Grand Palais, jusqu’au 2 février 2015
Tous les jours de 10h à 22h (fermeture à 20h le dimanche et lundi)
Fermeture hebdomadaire le mardi
Toutes les infos ici.

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