« Black Mirror » par Eric Antoine

© Louise Ganesco Deglin - JBMT

© Louise Ganesco Deglin – JBMT

.
Les merveilleux espaces de la Laurence Esnol Gallery, dédiés habituellement à l’œuvre de H. Craig Hanna, accueillent pour la deuxième année consécutive le travail du photographe Eric Antoine le temps d’une exposition temporaire intitulée « Black Mirror ».
.

© Louise Ganesco Deglin - JBMT

© Louise Ganesco Deglin – JBMT

.
Si le nom de « Miroir noir » fait directement référence à l’un des clichés présentés pour l’occasion, il synthétise tout à fait l’ambiance générale de l’exposition : d’une part, pour son aspect mystérieux, un brin antiquaire, constitué d’éléments renversés, d’objets de curiosités et de corps mutilés par le cadrage ; d’autre part, car le noir et le reflet guident toute l’esthétique de la série exposée.
.

© Louise Ganesco Deglin - JBMT

© Louise Ganesco Deglin – JBMT

.
On peut craindre, au premier abord, que le travail d’Eric Antoine se limite à une simple imitation de la photographie ancienne. Adepte de la technique du collodion humide, qui permet notamment l’obtention d’ambrotypes (des négatifs transformés en positifs en les disposant simplement sur un fond sombre), il livre cette année de nombreuses plaques de verre illustrées selon ce procédé.
.

© Louise Ganesco Deglin - JBMT

© Louise Ganesco Deglin – JBMT

.
Les portraits réalisés ainsi dans la seconde moitié du XIXe siècle étaient généralement disposés dans des écrins précieux, les transformant en véritables objets de valeur. Eric Antoine reprend donc à son compte cette technique complexe, mais aussi cette conception de la photographie en tant qu’objet.
.

1

© Louise Ganesco Deglin – JBMT

.
Mais loin de se limiter à une simple copie du passé, le photographe réinterprète la tradition pour mieux servir son propos. « Black Mirror » n’est pas un voyage dans le temps, c’est un certain regard sur notre présent. L’artiste prend la peine de s’arrêter un instant pour admirer ce qui l’entoure, et de s’émerveiller du quotidien sans recherche de spectaculaire. Les rides, les veines, les reflets, toutes ces irrégularités que l’on cherche trop souvent à effacer sont ici révélées avec poésie, comme si ces empreintes venaient donner leur consistance aux choses.
.

© Louise Ganesco Deglin - JBMT

© Louise Ganesco Deglin – JBMT

.
L’exposition est un peu la célébration de l’imperfection et de l’étrange, dans une atmosphère proche de celle des cabinets de curiosités, en totale adéquation avec l’esprit de la galerie. Cet univers est synthétisé de façon remarquable au travers des vasotypes, une invention de l’artiste qui consiste en la réalisation d’ambrotypes, non pas sur des plaques, mais sur des bouteilles de verre. C’est en les remplissant de liquide noir que l’on révèle les clichés inscrits sur leur paroi.
.

© Louise Ganesco Deglin - JBMT

© Louise Ganesco Deglin – JBMT


Sombre et intriguant, le travail d’Eric Antoine séduit tant par son lyrisme que par sa qualité d’exécution. En écho logique à l’œuvre de H. Craig Hanna, il jongle entre passé et présent pour nous toucher avec justesse.
.

 __________________________

« Black Mirror » par Eric Antoine à la Laurence Esnol Gallery
Jusqu’au 20 décembre 2014
22 rue Bonaparte, Paris 6e

Advertisements