Les Hommes sont le sel de la Terre

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Le Sel de la Terre est un documentaire sur la vie et surtout l’oeuvre du photographe brésilien Sebastiao Salgado. Bien plus qu’un vulgaire biopic, Wim Wenders parvient à faire de son film une leçon d’humanisme, sans moralisme et avec pudeur, et nous retrace par là l’histoire des Hommes.

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© Sebastiao Salgado

Salgado est le représentant d’une véritable mémoire de l’humanité. Certes il est le témoin d’une certaine génération, sa génération, et il évoque des événements qui ont peuplé la vie des hommes de son temps. Mais on découvre en réalité une véritable Bible derrière son ouvrage, une histoire d’une cinquantaine d’années qui pourrait correspondre au cheminement entier de l’humanité. C’est dans cette idée que Wenders démarre son film, de façon très juste, avec les mines d’or qui non seulement sont les clichés les plus célèbres de Salgado mais aussi sont représentatives de l’universalité des instantanés de Salgado, de l’intemporalité de cette quête folle des hommes qui y sont immortalisés. 

Quand je suis arrivé au bord de cet énorme trou, j’ai senti se dérouler devant moi, quelques fractions de secondes, l’histoire de l’humanité, l’histoire de la construction des pyramides, la tour de Babel, les mines du roi Salomon.

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© Sebastiao Salgado

L’œuvre du photographe révèle la beauté de la nature, le miracle de la renaissance, la célébration de la vie, de l’humain, avec qui il renoue à la fin de sa carrière, notamment à travers le projet Genesis. Mais le travail social du photo-reporter reste le plus frappant. Sebastiao Salgado montre le chaos, l’horreur, la barbarie, l’absurdité paradoxale de ce monde des hommes qui est le notre, fait de guerres, d’explosions, d’exil, de misère. Salgado saisit l’ineffable, montre la cruauté des humains, à quel point il est le pire des prédateurs. Mais à aucun moment ceci ne se fait dans le mépris, ou par misanthropie ; le photographe établit un constat à un temps t du monde, veut le diffuser, qu’il soit connu de tous, et ceci sans fatalisme, sans voyeurisme, sans perversité ou misérabilisme, mais également de façon crue, dénué de mensonges, et sans artifices.  

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© Sebastiao Salgado

Au-delà des clichés, le film dévoile quelques ténues informations sur la vie personnelle de Salgado. Il ne s’agit pas de s’insinuer dans les recoins les plus profonds de l’intimité de l’artiste, mais plutôt de dépeindre subrepticement un caractère, une sensibilité, afin de dessiner les contours d’une personnalité pour le protagoniste, et en l’occurrence, rattacher les événements de sa vie privée au tempérament profondément humain de Salgado. 

Ces petites bribes d’existence sont traitées avec retenue et douceur, et s’insèrent ainsi parfaitement à l’atmosphère du film. On y découvre pas tout-à-fait l’envers du décor cependant, et on regrette de ne pas voir plus le travail réel de l’artiste, les retouches en studio, le développement, la mise en oeuvre des ouvrages et des publications… Mais on a un aperçu de certains rouages : le dévouement de sa femme, la naissance de sa passion pour la photographie, le regard de son père, ou de son fils.

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© Sebastiao Salgado

Bien sûr, l’ironie du film est qu’on a vite fait de se retrouver à faire une critique du travail de Salgado, plutôt que du travail de réalisation du film lui-même. Mais c’est en somme une leçon d’humilité de la part de Will Wenders, et du co-réalisateur Juliano Salgado, qui s’effacent tous deux pour laisser la place à un grand homme. Rien de fantasmagorique dans des plans séquences, pas de cadrages de caméra impressionnants, ou de montage ingénieux, mais finalement un film qui laisse place à son acteur pour qu’il exprime sa vision du monde, parle de son travail, et laisse la part belle aux photographies. 

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© Sebastiao Salgado

Le film est très délicat en ceci, car ce n’est que pureté qui nous est donnée à voir : le cadrage noir et blanc, à l’image des clichés, sur cet incroyable visage en gros plan de Salgado qui nous rassure et nous accompagne tout en simplicité. Les photos, statiques. La voix off, dénudée, seule parfois dans le silence, nous berce ; Et tout cela donne une extrême magnificence au discours, aux images chocs parfois de cette histoire de l’humanité que nous dévoile Wenders à travers l’objectif de Salgado. 

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Le Sel de la Terre
Documentaire réalisé par Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado
Avec Sebastiao Salgado, Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado
Durée : 1h50
Retrouvez notre article sur l’exposition Salgado à la MEP.

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