Concert inaugural de la Philharmonie de Paris – 16 janvier 2015

Nous sommes à la recherche de beauté, de réconfort, d’amusement. Toutes ces choses qui rendent la musique indispensable.

William CHRISTIE
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Salle des concerts, site de la Philharmonie – © Beaucardet

Salle des concerts, site de la Philharmonie – © Beaucardet

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C’est en 1979, sous l’influence de Pierre BOULEZ, que l’idée d’une grande construction parisienne dédiée à la musique est lancée. Il aura fallu attendre 2015, après une genèse de 35 ans et de longues années de travaux, pour que la Philharmonie de Paris voie enfin le jour. Temple de métal conçu par le célèbre architecte Jean NOUVEL, la Philharmonie doit rivaliser avec les plus grandes salles mondiales. Vouée à remplacer la salle Pleyel, elle affiche l’immense ambition d’accueillir tous les styles de musiques, mais aussi tous les publics. Sa programmation affiche aussi bien des concerts de musique de chambre que de jazz ou même de musique du monde, avec des artistes internationaux.

Le bâtiment abrite également des espaces d’expositions et d’activités pédagogiques, ainsi que des salles de travail et de répétition. Le public peut ainsi participer à des ateliers participatifs et des cycles de découvertes, ou encore visiter une des plus belles collections d’instruments au monde. Un système d’abonnement est disponible (dont un abonnement jeune), confirmant la volonté d’accessibilité de la Philharmonie : les tarifs pratiqués sont très abordables et permettent à tous d’aller écouter des musiciens de renommée mondiale.
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La salle est d’une beauté à couper le souffle. Mais c’est dès les premières notes que se révèle la vraie richesse de la Philharmonie : on se demande si l’on n’a pas un casque sur les oreilles tant l’acoustique est homogène et intimiste ! Le son m’a parfois donné l’impression d’être nivelé, résultat de cet « effet bulle », mais les réglages du dispositif acoustique sont toujours en cours. Je vous invite à lire ces passionnantes explications techniques sur le site de la salle.

Inaugurée le 14 janvier par le Président de la République, la Philharmonie propose une série de concerts exceptionnels pour célébrer son ouverture. Après deux jours animés par l’Orchestre de Paris, c’était ce vendredi 16 au tour de la musique baroque de faire son entrée. La Philharmonie se paye ainsi le luxe de compter les Arts Florissants parmi ses ensembles associés. Cet orchestre baroque a été fondé en 1979 par William CHRISTIE, chef d’orchestre et claveciniste naturalisé français à qui l’on doit largement le succès contemporain de la musique baroque.
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Crédit : capture d’écran de la vidéo de Arte Concert

Crédit : capture d’écran de la vidéo de Arte Concert

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De nombreux chefs devenus des références du baroque sont ainsi passés par les Arts Florissants, dont les musiciens utilisent des instruments d’époque. Le concert donné à la Philharmonie venait donc comme la célébration d’une carrière d’exception, ce que n’ont pas manqué de souligner l’orchestre et les solistes en souhaitant en musique les 70 ans de leur chef lors d’un bis mémorable.

Le programme de la soirée donnait à entendre un concentré des perles de la musique baroque française. Période musicale qui s’étend du début du XVIIème siècle au milieu du XVIIIème siècle, le baroque se développe surtout en France et en Italie. Le Te Deum H 146 de Marc-Antoine CHARPENTIER est une pièce extrêmement fameuse pour cinq solistes, chœur et orchestre, destinée alors à célébrer le rayonnement du Roi Soleil. L’exécution fut remarquable sous la direction toujours très précise de William CHRISTIE.

La seconde pièce, In exitu Israel, est l’œuvre de Jean-Joseph CASSANEA DE MONDONVILLE : il s’agit également d’un motet, dont Jean-Jacques ROUSSEAU écrit dans son Dictionnaire de Musique (1763) : « on nomme motet toute composition sur des textes latins ». Ce genre répond à des principes formels caractéristiques et était véritablement le « tube » de l’époque ! On aura pu notamment entendre l’émouvante interprétation du jeune baryton français Marc MAUILLON, nommé aux Victoires de la musique classique en 2010.

La dernière partie du programme était consacrée à un extrait des fameuses Indes Galantes de RAMEAU (écoutez à 1:25:20, vous connaissez !). L’interprétation délurée des solistes renvoie à l’innovation historique de l’œuvre : c’est la première fois, en 1735, qu’on voit des Indiens d’Amérique sur une scène de théâtre ! On peut regretter que la soprano Danielle DE NIESE, qui sans conteste est une grande comédienne, ne fasse pas davantage d’efforts pour chanter (et être comprise !) en français.

La soirée s’est conclue par un rare moment d’émotion en hommage au talent et à l’engagement de William CHRISTIE, qui, en écho aux attentats qui ont touché Paris en ce début d’année, a loué les moments de « communion et d’espoir » qu’offre la musique. La Philharmonie se promet d’entretenir cette flamme : allez vite la découvrir !

Quentin Delorme

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Pour revoir et réécouter ce concert :

http://concert.arte.tv/fr/les-arts-florissants-jouent-la-philharmonie-de-paris

http://www.francemusique.fr/emission/les-vendredis-du-philhar/2014-2015/les-arts-florissants-diriges-par-william-christie-en-direct-de-la-grande-salle-de-la

http://www.philharmoniedeparis.fr/

PROGRAMME :

Marc-Antoine Charpentier, Te Deum H 146

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville, Motet In exitu Israel

Rachel Redmond, dessus / Katherine Watson, dessus / Reinoud Van Mechelen, haute-contre / Marcel Beekman, taille / Elliot Madore, basse-taille / Marc Mauillon, basse-taille / Laurent Naouri, basse.

Jean-Philippe Rameau, « Les Sauvages » Extrait des Indes Galantes

Danielle de Niese, Zima / Marcel Beekman, Damon / Elliot Madore, Adario /Laurent Naouri, Don Alvar

 

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