Festival Circulation(s) #1 : le débrief

"For Heart's Sake" de Camilla Pongiglione © Louise Ganesco Deglin

« For Heart’s Sake » de Camilla Pongiglione © Louise Ganesco Deglin

Le festival de la jeune photographie européenne « Circulation(s) » revient cette année pour sa cinquième édition, en accès libre et gratuit au Centquatre jusqu’au 8 mars 2015. Suite à une première découverte de ce projet lors de l’impressionnante exposition WAVE, cette manifestation a achevé de nous convaincre par son énergie et sa créativité bouillonnante en plein froid parisien.

A Circulation(s), la photographie se veut multiforme – internationale, interdisciplinaire et souvent interactive. Toutes ses facettes, qu’elles soient complémentaires ou inconciliables, y sont abordées par 46 photographes : l’esthétique, la dénonciation, le jeu, la déformation… Les images peuvent être retouchées ou au contraire prises sans véritable réflexion préalable, prendre la forme de reportages sur le vif ou de véritables huiles léchées sur papier glacé.

« There are no homosexuals in Iran » par Laurence Rasti © Louise Ganesco Deglin

« There are no homosexuals in Iran » par Laurence Rasti © Louise Ganesco Deglin

Déambuler au sein des différents espaces du Centquatre nous embarque donc dans un long, très long voyage, parfois incohérent : on se surprend à rêver, à réfléchir, à rire, à avoir la nausée, dans un enchaînement rapide et hétéroclite qu’il faut parfois savoir interrompre pour mieux l’apprécier.

Mais parmi cette grande diversité, certains thèmes reviennent régulièrement, souvent révélateurs de l’actualité ou de préoccupations prégnantes chez les jeunes générations : l’homosexualité et sa prohibition, l’analogie entre le corps humain et le végétal, ou encore la ville et sa démesure.

"Kid" de Ola Lanko et "Crowd" de Cyril Porchet © Louise Ganesco Deglin

« Kid » de Ola Lanko et « Crowd » de Cyril Porchet © Louise Ganesco Deglin

Aussi, en circulant entre les panneaux, en discutant avec les artistes et en prélevant au hasard quelques bribes de conversation, on ne peut s’empêcher de ressentir une grande émulation au sein de cette manifestation. Les barrières s’effacent, les ponts se forment, les galeristes s’enthousiasment, les cartes s’échangent, les photographes prennent le temps de s’exprimer. La cohésion est là.

Parmi les séries exposées, quelques-unes ont particulièrement retenu notre attention :

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« Fleur Viande » d’Ulysse & Darcoe (France)


Les abats et les pétales ont beau être perçus comme des antagonismes, leur association provoque une esthétique qui relève presque de l’évidence. Car finalement, le corps humain ne fait que suivre le schéma de la nature. En regardant ces images pleines de poésie, on ne peut s’empêcher de penser à la pneumonie sous forme de nénuphar qui hante la cage thoracique de Chloé dans « L’Écume des jours » de Boris Vian : la fragilité des organes, à la manière de pousses végétales, se conjugue aux tiges et fleurs pour former un ensemble à la fois délicat et dérangeant.

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« For Heart’s Sake » de Camilla Pongiglione (Italie)


Le lien entre ces deux séries était tout trouvé. « For Heart’s Sake » est un hommage de Camilla Pongiglione à un père cardiologue, ayant subi lui-même une crise cardiaque en 2012. Artères, ventricules, veines et flux se mélangent sur une paroi aux allures de cabinet de curiosité au centre de laquelle trône une grenade fraîche coupée en deux.

Siège des passions, fraise sanglante de la taille d’une main, le cœur orchestre notre corps comme le simple réceptacle de chair et d’os qu’il est, tout en amplifiant chacune de nos sensations d’un battement plus au moins convulsif. Au travers de cet ensemble artistique, la photographe cherche à comprendre cette machine complexe qui nous domine de ses pulsations.
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« Black Ice, Moscow » de Salvi Danés (Espagne)


Les visages perçus de derrière une vitre de bus ont toujours un aspect mélancolique et lointain qu’il est difficile d’expliquer. Comme si ces passagers s’en allaient pour un périple bien plus significatif qu’un simple retour au domicile, comme si, eux, s’embarquaient pour une profonde réflexion sur leur propre existence.

Le badaud se sent immédiatement attiré par ces ombres mouvantes, cherche à interpréter leurs traits, veut connaître leurs pensées. Salvi Danés parvient ici à saisir l’aura mystérieuse de ces inconnus des transports, hantant chaque jour une ville irriguée de multiples flux dans la plus grande indifférence.

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Festival Circulation(s) au Centquatre
5 rue Curial Paris 19e
Du mardi au vendredi de 13h à 19h
Le week-end de 12h à 19h
Métro Riquet, Stalingrad ou Marx Dormoy
http://www.festival-circulations.com
@fetartparis

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