Léa Nahon x JBMT

10428531_970112783004728_4854451139694461372_nEn prévision du Mondial du Tatouage qui aura lieu les 6, 7 et 8 mars dans la Grande Halle de la Villette, et où nous ferons un tour, nous vous présentons trois de nos coups de cœur dans le paysage du tatouage contemporain. Aujourd’hui, après Carlo Amen, nous repartons du côté de la Belgique pour rencontrer Léa Nahon.

Dans le tatouage, il y a les grands genres classiques : le Old School, le tatouage japonais… Et puis il y a des figures avec un style personnel immédiatement reconnaissable, comme Léa Nahon. Jouant des aiguilles à la très reconnue Boucherie Moderne à Bruxelles, elle s’impose comme une référence d’une nouvelle génération de tatoueurs libérés des codes traditionnels du style.

Déjà, un premier fait notable en ce qui la concerne, c’est que c’est une femme. Rien d’étonnant a priori, mais si la profession se féminise doucement, le côté underground du tatouage a pendant longtemps laissé les tatoueuses de côté. Pour Léa, même si être une femme lui donne un statut un peu particulier, aujourd’hui c’est le talent et la personnalité qui sont mis en valeur par la profession, et non pas le « tour de poitrine » (sic.) Même si une fois un client lui a dit que ce qu’elle faisait était pas mal « pour une fille ».

Effectivement, ce que fait Léa, que ce soit pour une fille ou un garçon, « c’est pas mal ». Son travail est vraiment novateur et montre ses deux univers complémentaires : le dessin et le tatouage. Son style puise largement dans le premier médium, avec une allure croquis qui vient de ses nombreux voyages qui ont fait du sketchbook et du stylo ses meilleurs amis. Mais pour elle, l’illustration et le tatouage sont deux branches de cet amour pour le dessin :

© Léa Nahon

© Léa Nahon

« L’illustration, pour moi, c’est ma bulle, je suis seule, je regarde des séries débiles que j’ai vues 15 fois, je ne parle à personne, et je dessine, des heures entières. (…) Le tatouage, c’est mon métier. Et j’adore mon métier. C’est le moment ou le fruit de ton imagination sort au grand jour et doit se plier à la technique du tatouage, aux choix et souhaits de ton client, les décisions ne t’appartiennent plus entièrement, et puis tu discutes, tu rencontres. C’est au tattoo shop que ça se passe, avec les collègues, les bastons pour savoir qui met la musique, les histoires de chacun, les blagues et les copains qui viennent boire un verre le soir. (…) J’ai besoin des deux, à parts égales. »

Et dans les deux, on retrouve sa signature : des hachures, des lignes anguleuses et des courbes dédoublées qui révèlent la sensibilité et la fragilité de corps et de visages décomposés et recomposés. Des figures à fleur de peau qui puisent dans des influences diverses : de Nan Goldin à Enki Bilal, en passant par Jan Saudek ou Egon Schiele, les inspirations de Léa suivent toujours ce fil rouge de la sensualité écorchée et singulière. De tous les media, c’est la photographie qui lui apporte le plus de ce côté :

« Je travaille en ce moment beaucoup d’après les photos de Thomas Krauss, prof de maths et superbe photographe à ses heures perdues. (…) C’est les sujets, le fond plutôt que la forme qui est vraiment base d’inspiration. Et pour ça, ce sont des photographes qui me donnent tout. Des situations, des regards, ça peut être tout. J’aime parler des choses vraies, même si ça doit être cru. »

Cette volonté d’authenticité, de s’exprimer sincèrement, le soin apporté à l’esthétique de ses tattoos et la multiplicité de ses sources font de Léa une figure de proue d’une nouvelle vague de « blackworkers » qui se font appeler Artistes tatoueurs.

© Léa Nahon

© Léa Nahon

« Je pense qu’il FAUT considérer [le tatouage] comme un art. C’en est un, non? Qu’on fasse des dessins sur toile de lin avec un pinceau, sur papier avec de l’encre de chine, sur un mur avec un bombe ou sur peau avec un machine de tatouage, quelle est la différence? Je ne l’ai jamais perçu autrement… Pourquoi? T’appellerais ça comment, toi? »

Pour voir les dessins sur papier et sur peau de Léa, rendez-vous à Liège dès le 4 avril 2015 pour une exposition collective et festive des travaux de tous les tatoueurs de la Boucherie Moderne. Vous pourrez également voir une exposition en binôme avec le photographe Thomas Krauss dès le 7 mai à Perpignan.

 

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Léa Nahon

Site perso : http://www.leanahon.com/

La Boucherie Moderne : https://www.facebook.com/laboucheriemoderne

Thomas Krauss : http://www.hurluber.lu/

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