« Until Sbornia Do Us Apart » ou le Choc des Civilisations

Présentation par le festival Anima : « Cela fait des années que les habitants de Sbornia, une île au large du Brésil, vivent en paix et en toute indépendance de la mère patrie. Après une catastrophe détruisant la barrière naturelle qui les isole du monde, les touristes venus du continent envahissent la communauté, avec leur argent et leur technologie. Vous avez dit choc des cultures… et animation brésilienne au sommet de l’exubérance ».

Autour de Sbornia, une île aux rites et coutumes salivaires plutôt chaleureuses, une grande muraille a été construite par le fondateur du Caos, le très actif et seul groupuscule politique, le parti anarchiste. Lorsque celle-ci un jour s’effondre un jour de fête, elle ouvre alors la porte aux excès de la conquête venue du continent. Exhibée, exposée puis soumise, elle subit tour à tour une exploitation destructrice de sa richesse naturelle, la plante magique Bizuwin, puis un appauvrissement de ses sous-sols, au profit d’une ignoble marque de soda, sans parler du choc culturel violent, et le pire est à venir… Heureusement, de l’autre côté de la frontière, l’autre n’est pas toujours un ennemi, bien au contraire.

Engagée et joviale, chose difficile, cette métaphore politique particulièrement anti-américaine n’oublie pas l’humour et l’intrigue amoureuse du cinéma. C’est un état des lieux ou plutôt, une vision fantasmée d’une lourde histoire de l’Amérique Latine que propose ce film, avec cette rare intelligence d’en tirer le meilleur par le rire et la poésie. Héritier assumé d’un cinéma plutôt expressionniste, sa folle et rapide agitation maintient en haleine et a su susciter dans l’audience autant de rire que de tristes silences de compassion.

Un grand bravo aux réalisateurs Otto Guerra et Ennio Torresan d’avoir su, en seulement 1h25, nous emmener au large puis nous déposer doucement au rivage, dans ce drame conscient de lui-même et de ses pouvoirs.

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