Le Mondial du Tatouage, édition 2015

© Alix Gé

© Alix Gé

Si vous avez récemment jeté un coup d’œil sur le blog, il vous aura été difficile de louper cette information : nous sommes allés au Mondial du Tatouage, ce 7 mars, à la Grande Halle de la Villette. Après plusieurs mois d’attente, nous trépignions d’impatience sous le soleil de ce début de printemps, au moment de se faufiler sur le côté de la grande Halle vers l’entrée de la convention. Et nous n’étions pas les seuls : des centaines de personnes attendaient patiemment pour récupérer le précieux bracelet sésame permettant de pénétrer dans l’arène.

© Louise Ganesco Deglin - JBMT

© Louise Ganesco Deglin – JBMT

La première impression a tenu ses promesses : sous les hautes verrières, un brouhaha excité accompagne la foule frémissante se pressant autour des stands, dominée par d’impressionnants écrans géants qui montrent la scène où défilent les tatoués participant aux concours. Ils sont accompagnés par un imposant présentateur bedonnant, recouvert de vieux tatouages, ses longs cheveux gris attachés en catogan, et portant pour tout vêtement un nœud papillon et un petit bermuda noir. Le ton est donné : si le tatouage peut intimider par son aspect définitif, la discipline refuse toujours de se prendre au sérieux.

Même si la manifestation n’en est qu’à sa troisième édition, elle s’est déjà imposée comme un des rendez-vous phares de la scène mondiale du tatouage, avec des records d’affluence sans-cesse repoussés et un panel de 340 des meilleurs artistes tatoueurs du monde dans tous les styles. Ce succès et cette qualité s’explique par l’homme à l’initiative du Mondial : le tatoueur Tin-Tin, star incontestée du tatouage en France et largement reconnu sur la scène internationale. Ce personnage, pour le moins haut en couleurs, met au service de ce projet à la fois son charisme, son réseau imbattable et la redoutable équipe de son propre shop, dans le neuvième arrondissement de Paris.

© Louise Ganesco Deglin - JBMT

© Louise Ganesco Deglin – JBMT

Le résultat est probant : sur les stands on pouvait croiser le fleuron des tatoueurs français avec, dans nos coups de cœur personnels, la géniale Maud Dardeau, Sadhu le Serbe, Guy le Tatooer, et plein d’autres. On pouvait aussi voir des personnages historiques de la discipline comme Filip Leu, juré pour les concours de tatouages organisés chaque jour par le Mondial, et plus ou moins l’un des inventeurs du tatouage japonais remanié tel qu’on le connait aujourd’hui sur la plupart des peaux occidentales. Enfin, comme son nom l’indique, le Mondial est le lieu idéal pour rencontrer des tatoueurs de tous les continents, et se faire encrer dans un style vernaculaire, de Bornéo au Japon en passant par le Tribal tahitien, ou simplement une bon vieil Old School américain.

C’est une expérience assez particulière d’arpenter ce genre d’endroits sans tatouages visibles. En effet, une grande partie du spectacle se situe du côté des visiteurs : des jeunes hommes torse-nus et en short aux demoiselles portant des hauts largement échancrés dans le dos et de courtes jupes, la peau se dévoile sans complexe pour exhiber différents styles et motifs. Un peu à la manière d’un théâtre du XIX° siècle, on vient pour voir et se faire voir. Les codes ne sont plus les mêmes que dans le quotidien : les piercings, les coiffures délirantes et les scarifications sont légions au milieu des tattoos.

© Louise Ganesco Deglin - JBMT

© Louise Ganesco Deglin – JBMT

Il s’opère alors un drôle de basculement ; ici, ce n’est pas le tatoué qui intrigue et est regardé de travers, c’est plutôt la peau vierge qui étonne et est scrutée. On s’amuse de ce retournement de situation, d’autant plus que l’ambiance est loin d’être à l’exclusion de qui que ce soit : on s’interpelle, on discute, on s’interroge, on se prend en photo, on remonte ses manches ou son jean pour comparer ; le Mondial du tatouage n’est pas un lieu d’exposition unilatérale, mais un endroit intensément propice aux échanges. C’est cet aspect que l’on retrouve dans certains stands dont la présence pourrait étonner, comme l’espace de dégustation de Rhum Sailor Jerry, le barbier ou le nail bar : l’heure est à la fête, à la célébration du corps et aux rencontres, le tout articulé autour d’une passion commune pour la modification corporelle. Un moment artistique et humain inoubliable pour les aficionados du tatouage.

© Louise Ganesco Deglin - JBMT

© Louise Ganesco Deglin – JBMT

___________________
Mondial du Tatouage 2015
Grande Halle de La Villette
Du 6 au 8 mars

Publicités