Le Salon du Livre 2015

© Salon du Livre

© Salon du Livre

Samedi 21 mars. 9h54. La foule se presse contre les entrées vitrées du Parc des Expositions, porte de Versailles. Dans la file « Invités », l’impatience se fait sentir mais l’ambiance n’en est pas pour autant pesante, malgré le froid. 20 minutes plus tard, nous nous dégageons enfin de l’entonnoir dans lequel nous étions comprimés, avançant au compte-goutte.

Il est presque 10h30 et le salon est ouvert depuis 30 minutes. La plupart des lève-tôt déjà présents le sont pour une bonne raison : ils savent exactement où ils doivent se rendre. Certains courent, ma mère me presse « dépêche-toi, la dédicace a commencé ». Nous nous frayons un chemin dans les allées presque désertes à cette heure (comme nous nous en rendrons compte plus tard), tentant de trouver notre chemin dans ce dédale, louchant sur le plan assez peu intuitif.

Nous nous précipitons vers la boutique afin de nous procurer les précieux Grââl, nécessaires à toute séance de dédicace. Puis, le véritable visage du Salon du Livre s’offre à moi : 2 heures de queue plus tard, ayant seulement parcouru quelques mètres pour m’approcher du dessinateur qu’idolâtrent mon frère et ma sœur, je repars, la mine déconfite, avec un « ex-libris » où la seule personnalisation est le prénom de ma sœur, tandis que pendant ces longues minutes d’attente, j’ai pu voir des gamins réjouis brandir fièrement leurs dessins pleine plage. Eh oui, c’est la dure loi de la jungle : premiers arrivés, premiers servis, et tant pis s’il y a des déçus.

Au final, cette journée a ressemblé à beaucoup d’autres passées dans des salons : un bain de foule permanent où le but premier semble être de vider les bourses des visiteurs. Les individus se pressent les uns contre les autres et le salon prend soudain des airs de salon de l’agriculture, l’odeur des bêtes en moins. Malgré ce constat amère, je me rends compte à la fin de la journée, les pieds en compote et le dos meurtri, que ce qui l’en distingue est la richesse des rencontres.

Se rendre au salon du Livre afin d’acheter des livres, que l’on peut trouver dans n’importe quelle autre librairie de Paris, n’a qu’un intérêt relatif. Faire la queue des heures afin d’avoir le privilège d’échanger quatre mots avec Amélie Nothomb ou Marc Levy n’en a pas beaucoup plus à mes yeux. Non, la vraie magie du salon du Livre opère lorsque l’on s’éloigne des grandes allées et des stands vedettes pour aller à la rencontre des professionnels du livre. Auteurs peu connus ou auto-édités, libraires passionnés et blogueurs aux yeux pétillants sont les véritables trésors de cet événement médiatique.

Rien n’empêche, néanmoins, d´essayer de dégoter quelques dédicaces, qui peuvent réserver de belles surprises – et de moins bonnes. Si la plupart des auteurs se prêtent volontiers au jeu de la rencontre avec le public, certains se révèlent décevants, satisfaisant leur propre ego plutôt que leur lectorat. Mais d’autres sont de vrais bols d’air frais – mention spéciale à Romain Puértolas – et prennent réellement le temps de discuter plusieurs minutes avec chacun, comme s’ils étaient de vieux copains. Et même pour les auteurs « stars », piétiner plusieurs heures peut valoir le coup : rien ne vaut le regard de ma mère, rajeunissant soudain de 20 ans, lorsque Marc Lavoine l’a embrassée sur les deux joues.

© Salon du Livre

© Salon du Livre

Cette journée a donc apporté son lot de surprises et de déceptions, me laissant un sentiment mitigé où l’impression d’avoir perdu mon temps est finalement contrebalancée par la satisfaction apportée par l’expérience humaine, qui, je le répète, est la vraie richesse de ce salon. Et à la réponse « y retourneras-tu l’an prochain ? », je réponds oui sans hésiter.

Publicités