« Mannequin d’artiste, mannequin fétiche » au musée Bourdelle

© Comune di Bergamo - Accademia Carrara / Beeton Family Estate

© Comune di Bergamo – Accademia Carrara / Beeton Family Estate

Il semblerait que le musée Bourdelle, qui vient de célébrer sa réouverture et l’inauguration d’une nouvelle exposition, parvienne du même coup à démontrer à quel point il gagnait à être connu. Ce petit musée-atelier du quartier du Montparnasse fait très peu parler de lui, malgré son cadre exceptionnel ; et si ses collections permanentes sont consacrées au sculpteur Antoine Bourdelle, il a aussi servi d’écrin à de magnifiques présentations, notamment l’exposition consacrée à Mme Grès, organisée en collaboration avec le musée Galliera en 2011.

L’exposition « Mannequin d’artiste, mannequin fétiche », qui s’y tient dès à présent et jusqu’au 12 juillet 2015, prouve qu’il est possible de monter une présentation sur un sujet aussi improbable que l’objet dont il est ici question : le mannequin d’artiste, cette petite figure en bois vendue dans les magasins de couleurs, qui se trouve être à mi-chemin entre la poupée et la sculpture.

Denise Bellon, Salvador Dali portant un mannequin d’artiste, 1938 © Les films de l’Equinoxe – Fonds photographique Denise Bellon, Paris

Denise Bellon, Salvador Dali portant un mannequin d’artiste, 1938
© Les films de l’Equinoxe – Fonds
photographique Denise Bellon, Paris

Avec une clarté et une modestie fort appréciables, les commissaires de l’exposition du musée Bourdelle et du Fitzwilliam Museum de Cambridge réussissent à retracer l’histoire du mannequin de bois, de stuc, de papier mâché et parfois de tissu, depuis la Renaissance jusqu’au XXe siècle.

Surprenante et intrigante, la thématique du mannequin est remarquablement abordée. Le nombre d’œuvres n’est pas mirobolant (ce qui n’est pas pour nous déplaire !) et les pièces présentées portent chacune une signification et un caractère particulier. Chacune fournit une explication à la construction sémantique de ce que Freud qualifiait « d’inquiétante étrangeté », en parlant de ces objets du quotidien, dont fait partie le mannequin d’artiste.

La lisibilité du parcours est renforcée par une architecture et une atmosphère aérées et pénétrantes, sans pour autant rendre angoissantes certaines parties de cette exposition qui vous renverront certainement à quelques angoisses infantiles, abondamment exploitées par les films d’horreur que produit notre époque (Chucky n’est pas très loin). Le propos reste historique et chronologique, mais s’enfonce peu à peu dans les méandres de l’esprit des artistes qui ont choisi de faire du mannequin le cœur de leurs œuvres, allant jusqu’à rendre vivant cet originel accessoire de travail.

En effet, un des mérites de l’exposition, en plus de présenter avec clarté l’aspect historique et technique de l’emploi du mannequin, est d’apporter un éclairage subtil sur l’imaginaire que ces objets anthropomorphes ont pu susciter.

Man Ray, Lydia et les mannequins, 1932 © RMN Dist - Centre Georges Pompidou -– Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle, Paris © MAN RAY TRUST / ADAGP, Paris 2015

Man Ray, Lydia et les mannequins, 1932
© RMN Dist – Centre Georges Pompidou -– Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle, Paris © MAN RAY TRUST / ADAGP, Paris 2015

Clémentine Marcelli

__________________________

« Mannequin d’artiste, mannequin fétiche » au Musée Bourdelle
Jusqu’au 12 juillet 2015
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h

18, rue Antoine-Bourdelle, 75015 Paris
http://www.bourdelle.paris.fr
9 € plein tarif, 6 € tarif réduit

Publicités