Intervalles harmoniques au Petit espace

Si je devais choisir trois mots pour relier les artistes présentés à l’exposition collective Intervalles#1, à la galerie Le petit espace jusqu’au 28 juin, je dirais transparence, matérialité et confrontation. Pour son premier anniversaire, l’espace nous offre le luxe du choix, et joue la carte de la diversité en réunissant des artistes photographes et touche-à-tout qui expérimentent les limites de cet art en mêlant réflexion et jeu de techniques variées. 

Transparence, car chacun de ces artistes, qu’il soit photographe ou plasticien, utilise, à sa manière, son outil de travail comme vecteur de dévoilement, afin de lui rendre la lisibilité qui lui manque, ou qu’on lui cache, ou bien se sert de cette transparence pour révéler un côté fantasmé, qui est tu ou censuré. Matérialité car cette transparence s’accompagne toujours soit d’un jeu de techniques et de matériaux, soit d’une épaisseur particulière qui est le fruit et le but de cette révélation. Et enfin confrontation car s’opposent dans ces travaux des données contradictoires : l’intime et le public, le réel et l’imaginaire, le fabriqué et le déconstruit, le naïf et le pervers. 

L’exposition, à travers le prisme de six artistes tous très singuliers, retrace un univers particulier qui met en scène, en quelque sorte, la photographie elle-même, son pluralisme et ses possibilités illimités, notamment à travers le jeu de réalité qu’elle permet ou bien par le métissage de techniques qu’elle engendre. 

Rn6ocUg_y7ANSFIuxm2NAF6ult659dNF-2jkSDL91gM

Jean-Jacques Calbayrac et Cyrille Chauvin – 5, rue des mystères – 24×30 cm – dessin unique sur photographie.

Attardons-nous, par exemple, sur le travail du couple photographe-illustrateur Calbayrac-Chauvin avec la série La Danse des Yokai. S’il n’en est pas le plus profond, ou le plus réfléchi, il en est probablement le plus tape-à-l’oeil. La thématique, on en conviendra, est assez populaire : une ambiance nippone, un graphisme vivace, à la croisée entre manga ou animation japonaise et caricature, une atmosphère noire et blanche ; vendeur, mais pas pour autant dénué d’humour et d’une certaine poésie, mêlée d’une fascination palpable – qui est, avouons-le, assez contagieuse. Les artistes se jouent habilement de la réalité quotidienne des photos et de l’univers monstrueux des personnages hybrides qui les habitent. 

De l’autre côté de la pièce, lui fait face un ouvrage bien différent. Au delà de l’esthétique, l’espiègle Haley Morris-Cafiero dirige son travail vers ce qu’on pourrait presque qualifier de science sociale. Fine observatrice des comportements humains, et maniant l’auto-dérision avec un courage forçant le respect, la photographe nous révèle une véritable réflexion sur notre société, à travers des clichés à la fois simples et quotidiens, et pourtant teintés d’un sentiment dérangeant peu banal.   

Haley Morris-Cafiero

Haley Morris-Cafiero – Cops – 30,48 x 30,48 cm, impression sur papier.

On retrouve ce mélange de poésie et de critique sociétale dans les étranges algues marines de Ruth Peche, qui semblent, dans leurs lambeaux, nous refléter notre propre destruction, dans les calques aux allures lunaires de Juliette-Andréa Elie, ainsi que dans les clichés presque voyeuristes mais percutants de la photographe irakienne Lina Hashim. En tout cas, tous dans leur originalité et leur effort font état d’une recherche intime et personnelle qui trouve sa force d’expression dans la photographie. 

____________________
Intervalles #1 – Exposition collective
Jean-Jacques Calbayrac & Cyrille Chauvin, Juliette-Andréa Elie, Ruth Peche, Lina Hashim, Gabriela Lupu et Haley Morris- Cafiero
Du 28 mai au 28 juin 2015

Galerie Le petit espace
15 rue Bouchardon, Paris Xe, métro Strasbourg Saint-Denis
Ouvert du mardi au samedi, de 14h à 19h 
lepetitespace.com – Facebook 

Advertisements