Souffle estival sur la Maison Européenne de la Photographie

Mercredi 24 juin, j’ai pu jouir comme de nombreux autres visiteurs – avides de gratuité- de la réouverture de la Maison Européenne de la Photographie.

Comme à son habitude, les expositions y sont nombreuses, mais je dois bien admettre qu’il s’agit là d’une visite d’une rare cohérence. Voyage dans le temps à travers des démarches et des espaces bien distincts, le parcours Lartigue-Springs-Bonisson est un souffle d’air frais et de lumière pour entamer en beauté cet été parisien.

Photographie J. H. Lartigue © Ministère de la Culture - France / AAJHL

Photographie J. H. Lartigue © Ministère de la Culture – France / AAJHL

Tout commence avec Jacques Henri Lartigue. Fameux pour ses photographies très esthétisées, en noir et blanc, cet accrochage consacré à son travail de la couleur témoigne d’un regard vif tant pour la composition formelle d’une image que pour les impressions colorées qu’elle suggère. Photographies du quotidien, les mises en scène sont fortuites, produits d’un savant et intuitif cadrage. Ébloui, enthousiaste, le photographe manifeste son émerveillement de la nature et de la beauté du quotidien dans des tirages argentiques d’une qualité colorée étonnante, aux tons vifs, valorisés dans des dispositions sérielles, que seul le travail organisé et méthodique de Lartigue pouvait produire.

Florette à Cuba ou des amis en Provence, un même jaune chaleureux suffit à faire une série, où toujours est adulée la femme, et la nature épanouie. Le tirage argentique, à commencer par ses premiers autochromes (photographie sur « plaque » à la chambre), ajoute en qualité picturale au travail de ce photographe plasticien. Lumières estivales ou atmosphères brumeuses, sa photographie tend vers une expressivité maximum : son langage sophistiqué sert la simplicité de son message. Aucune énigme, aucune référence, c’est l’attitude contemplative qui nourrit son œuvre. Aussi, cette exposition plaira-t-elle à un très large public, connaisseurs ou amateurs, par l’ensemble des qualités qui en font un travail d’artiste comme par celles qui constituent ce témoignage rayonnant du quotidien.

© Alice Springs

© Alice Springs

Vient ensuite Alice Springs, pseudonyme de June Newton, née Brunell, épouse du célébrissime Helmut Newton. Introduite dans le monde de son époux avant tout en tant que modèle, elle devient par la suite sa collaboratrice, puis développe, dès les années 1970, une démarche photographique personnelle. C’est avant tout au portrait qu’elle se consacre. Visages d’un temps, anonymes et célébrités, elle use aussi bien de l’argentique noir et blanc que de la couleur. Ses images, qu’elles saisissent un instant de complicité avec son mari pris pour modèle ou de vieilles dames-à-toutous fortunées immortalisées dans leur intérieur luxuriant et outrancier, sont nourries d’un regard bienveillant.

La photographe se pose en observatrice des gens de ce monde, qu’elle admire et saisit avant tout comme archives d’une époque, avec frontalité et sans doute, une forme de naïveté. Ce travail, sans ambition morale, sociale, ou technique, est fort de son authenticité. Le travail en série, par ailleurs, ne dessert pas pour autant ce regard toujours neuf, mais témoigne d’un œil curieux et intrusif. Cet accrochage fait sourire : il parle aussi bien d’une mémoire intime que d’une mémoire collective, le tout dans un mélange particulièrement original de photographie artistique et simplement anecdotique.

© Marcos Bonisson

© Marcos Bonisson

Pour achever ce parcours, Marcos Bonisson présente son exposition « Arpoador » (littéralement, « celui qui harponne », ce terme désigne également un quartier à l’est de la plage d’Ipanema ainsi qu’un rocher surmonté d’un fort donnant sur la mer sur cette même plage …). Admirateur de Jacques Henri Lartigue, son travail du noir et blanc particulièrement esthétisé contribue à notre voyage et surtout, à constituer le fantasme d’un ailleurs dont ses photographies témoigneraient.

Photographe plasticien et modéliste, ses maquettes photographiées et agrandies projettent dans l’imaginaire du spectateur des espaces vraisemblables, dont l’aspect brut soutient la documentation de la tribu autochtone que l’artiste semble avoir rencontrée sur la plage … Dans le passage de la réalité à la vraisemblance, la photographie permet non seulement de témoigner du réel comme d’en élaborer un tout autre, propre au monde des images. Les faux-documents existaient bien avant Magritte, et seront de bon aloi tant qu’il y aura des spectateurs pour les croire.

Contemplatif et onirique, pour sortir apaisé dans les derniers rayons du soleil d’été…

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Alice Springs, Lartigue et Marcos Bonisson, expositions jusqu’au 23 août 2015
Maison Européenne de la Photographie
Du mercredi au dimanche, de 11h à 19h45.
PLEIN TARIF : 8 € TARIF RÉDUIT : 4.5 €

5/7 Rue de Fourcy PARIS 4e
http://www.mep-fr.org/
fb.com/MaisonEuropeennePhotographie
@mep_paris

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