Promenade pour une fin d’été

Paris est une ville où il fait bon vivre lorsque l’on a le temps de se perdre. Alors, puisque la canicule s’éloigne doucement et que les crépuscules se font de plus en plus dorés, pourquoi ne pas profiter de cette fin d’été pour se laisser dériver ?

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Je vous propose aujourd’hui une petite balade dans le quartier de Saint-Placide, juste un peu au sud de Saint-Sulpice, dans le 6è arrondissement. Le quartier est souvent mal connu car il est moins touristique que son voisin éloigné Saint-Germain, mais abrite de merveilleuses adresses, du salon de thé au musée mille fois ensoleillé. Pour bien commencer la journée, mettez donc Pan dans votre sac. Je veux bien sûr parler du court roman de Knut Hamsun, l’écrivain norvégien, pas du dieu cornu coureur de muses. Quoique…

Une bonne journée débute aussi par un bon gâteau. Dirigez donc tout naturellement vos pas dans une de mes meilleures adresses de Paris : le salon de thé Colorova. Situé bien à l’ombre dans la rue de l’Abbé Grégoire au numéro 47, il est ouvert de 09h à 18h sans interruption. Que vous vouliez y déguster un bon thé glacé accompagné d’un magnifique cheesecake, ou que vous préfériez y profiter d’un déjeuner aussi subtil que réconfortant, tout y est excellent.

Pour poursuivre l’après-midi, rendez-vous au musée Zadkine en passant par la rue Notre-Dame des champs. Situé au 100 bis de la rue d’Assas, il vous accueille jusqu’à 18h. S’il n’est pas le plus vaste musée de Paris – loin s’en faut – son emplacement intimiste, tout au calme dans une grande rue souvent vide, en fait un endroit hors du temps.

D’abord maison-atelier, puis aujourd’hui musée, l’espace se construit dans un petit parcours ultra lumineux. Ses murs blancs, sa grande verrière inondent le sol et les sculptures qui accueillent silencieusement vos pas, semblant absorber toute agitation parasite. Glissez alors vers le jardin, et offrez-vous le réconfort d’un long moment à l’ombre des arbres, en compagnie des grandes sculptures en bronze. C’est entre ces silhouettes déchirées, surgies des bosquets en de longs cris silencieux comme Le torse de la ville détruite, fondu quatre ans avant la mort de Zadkine en 1963, que Pan s’imposera à vous si vous le voulez.

Découvrez alors le récit des vastes plaines du Nordland, qui s’étend du printemps à l’automne et emmène avec lui Glahn le chasseur et Edvarda la citadine dans une danse aussi cruelle que nécessaire puisque c’est celle de la vie même. Dans ce court roman publié en  1894, Knut Hamsun, Prix Nobel norvégien de littérature en 1920, parle de toutes les ambiguïtés qui accompagnent les trajectoires humaines : contradictions, élans passionnés et destructeurs, asservissement chéri, et soif de liberté.

Conviant un personnage semblable à celui de La Faim, sorte de vagabond juste à côté de la ville, de la société, trop éloigné pour y appartenir et cependant trop proche pour être un véritable ascète, l’auteur donne à goûter une histoire tant symboliste que complexe.  Savourez-la auprès des sculptures de Zadkine qui prendront alors peut-être un autre visage…

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