Tous mécènes par Amour

Amoureux du XVIIIe siècle, amateurs d’art, de sculpture, simple quidam curieux ou passant passionné, le Louvre fait appel à ta générosité. Le musée a lancé hier sa nouvelle et sixième campagne de mécénat ouverte à tous. Le but : récolter 600 000 euros pour acquérir un chef-d’œuvre de la sculpture française : L’Amour de Jacques Saly. Le principe lui reste inchangé : tout le monde peut être mécène.

L'Amour essayant ses flèches, Jacques Saly. © Photo : Agathe Torres

L’Amour essayant ses flèches, Jacques Saly. © Photo : Agathe Torres

L’Amour se présente à nous, appuyé sur un épais tronc de bois. Eparses, les fleurs folles qui s’en détachent courent sur les cuisses dodues de l’enfant, un rameau venant élégamment masquer son sexe. L’Amour nous regarde, doux, avec sa moue pensive, ses yeux écartés, son nez en pointe. Cupidon tend la main vers le cœur. Mais au bout des doigts, c’est la pointe d’une flèche qu’il effleure, qu’il tâte, ou plutôt qu’il désigne ; car la main opposée tient les deux perfides flèches de l’amour : celle qui blesse et celle qui enivre. Et c’est bien de la seconde qu’il s’agit, référence romanesque, subtile et tendre à la liaison du monarque Louis XV avec la marquise de Pompadour, commanditaire de l’œuvre. Saly capte avec délicatesse ce secret de Polichinelle du siècle des Lumières dans son putto qui transpire la virtuosité par tous les pores.

La virtuosité, parlons-en. Virtuosité dans le travail du marbre, qui transcrit avec une impressionnante justesse la morbidezza (la mollesse) de la chair plus que potelée de l’enfant. Virtuosité dans la douceur du regard, rendue par les pupilles délicatement creusées. Virtuosité dans le volume de la chevelure aux boucles généreuses, dans lesquelles on a envie de plonger la main pour en sentir l’épaisseur. Virtuosité enfin, dans le rendu exceptionnel des matières, la rugosité du tronc de l’arbre, la légèreté des ailes, le toucher de la peau.

Détail : L'Amour essayant une de ses flèches, Jacques Saly. © Photo : Agathe Torres

Détail : L’Amour essayant une de ses flèches, Jacques Saly. © Photo : Agathe Torres

C’est à cause de tout cela que le Louvre se porte acquéreur. C’est grâce à tout cela, qu’il vous demande d’acquérir. Jacques Saly est un sculpteur des plus importants de son époque et il est pourtant très mal représenté dans les collections françaises. Fleuron de la sculpture en pierre des collections royales, la statue, trop longtemps restée cachée dans des mains privées, a été classée Trésor national. De fait, son arrivée dans les collections du Louvre n’était que juste continuité.

Détail : L'Amour essayant une de ses flèches, Jacques Saly. © Photo : Agathe Torres

Détail : L’Amour essayant une de ses flèches, Jacques Saly. © Photo : Agathe Torres

Et tout ceci était sans compter sur son intégration toute naturelle dans le parcours du musée ; aux côtés des portraits allégoriques de la Pompadour, sublimée par Pigalle, l’Amour essayant une de ses flèches semble retrouver dans la cour Puget la protection qui l’a vu naître. De plus, l’acquisition s’inscrit dans une logique XVIIIe qui va se poursuivre tout au long de l’année 2016 pour le Louvre avec deux expositions prévues sur Hubert Robert et Bouchardon, de quoi compléter la leçon française du siècle de la rocaille. Enfin, non content de participer à l’enrichissement des collections, notre petit Amour peut également se targuer de permettre la mise en lumière des collections permanentes du musée, un plus dont compte bien profiter – à raison – l’institution.

Cour Marly - Musée du Louvre. © Photo : Agathe Torres.

Cour Marly – Musée du Louvre. © Photo : Agathe Torres.

Alors, donnons ! La généreuse Société des Amis du Louvre, qui s’est vue récompensée de sa fidélité par la signature d’un contrat de cinq ans en vue d’une étroite collaboration avec le musée, a déjà mâché une grande partie du travail : 51% des quelques 5,5 millions que nécessite l’achat de la pièce ont déjà été mis sur la table. A la charge du simple mortel, illustre anonyme mais grand mécène pour un jour, restent quelques 600 000 euros, à offrir généreusement à la culture, à donner pour que les chefs-d’œuvre de l’art soient accessibles à tous dans les collections publiques, et surtout à dédier à l’Amour et au beau, avant la prochaine Saint-Valentin. Alors à nous de jouer.

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Sixième campagne de mécénat du Musée du Louvre

en partenariat avec la Société des Amis du Louvre.
Campagne menée jusqu’au 14 février 2016.

Pour donner, rendez-vous sur tousmecenes.fr
Don disponible sur tablette et smartphone. 

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