Paillettes et supercheries : Philippe Halsman au Jeu de Paume

Comme c’est régulièrement le cas, le Jeu de Paume a associé au sein de ses espaces trois univers disparates pour cette nouvelle saison : un photographe « historique » (Philippe Halsman), un vidéaste contemporain (Omer Fast), et une jeune artiste étrangère (Nguyen Trinh Thi). Bouillon de cultures, toile tissée entre les milieux et les époques, une recette infaillible pour montrer toute la puissance de l’image et les multiples utilisations qui peuvent en être faites.

Jean Cocteau, 1949 © 2015 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos

Jean Cocteau, 1949 © 2015 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos

Le programme de cette fin d’année s’annonçait donc ambitieux, exhibant en figure de proue une Marilyn rebondissant dans sa robe à paillettes, immortalisée en plein vol par Philippe Halsman. Il faut l’avouer, l’institution a sorti l’artillerie lourde – et bien que cela ne soit pas forcément gage de qualité, la réussite est bien au rendez-vous. Certes, les portraits de célébrités, monuments de notre panthéon moderne, ont de quoi attirer irrémédiablement notre intérêt ; mais cela ne saurait suffire à combler notre faim, et l’exposition parvient bien à retranscrire l’œuvre d’Halsman dans tout son foisonnement et sa créativité.

Auteur de plus de 100 couvertures du magazine Life, acolyte de Dali, inventeur de la jumpology… Le palmarès du photographe letton en ferait pâlir plus d’un. Exilé à Paris à l’âge de vingt-cinq ans, le photographe débute sa carrière dans la publicité et les magazines tels que Vogue. Très vite, il tire le portrait au gratin intellectuel parisien qu’il fréquente alors : Gide, Malraux, Chagall… Sa traversée de l’Atlantique une dizaine d’années plus tard assoit sa notoriété, et depuis New York il aura notamment la charge d’immortaliser Einstein, Picasso, et bien sûr Marilyn Monroe.

Au fil des salles, c’est avant tout l’inventivité dont a fait preuve Halsman qui nous saute aux yeux : comment, à partir d’une typologie pourtant très codifiée et laissant peu de place à l’imagination, est-il parvenu à générer une telle diversité? Comment a-t-il faire émerger, dans chacun de ses clichés, la personnalité de son sujet? Les « jumps », dans lesquels le photographe demande à son modèle de sauter en l’air, ont notamment pour but de laisser transparaître la véritable identité du photographié, concentré alors sur son saut et non sa pose.

Pour autant, il serait certainement faux de penser que Philippe Halsman cherchait avant tout à capturer l’authenticité. Au contraire, de par sa relation avec la publicité et les grands médias, il avait tout à fait conscience du pouvoir de l’image : il me semble qu’il n’avait rien d’un romantique naïf, sans pour autant être froid calculateur. Seulement, en maître absolu de sa technique, il a su en exploiter toutes les possibilités pour servir ses fins. 

 Marilyn Monroe et Philippe Halsman, 1959 © 2015 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos

Marilyn Monroe et Philippe Halsman, 1959 © 2015 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos

Ainsi, le photographe est à l’origine de découpages, collages et multiplications d’éléments sur ses noirs et blancs, supercheries destinées à accentuer son propos ; en témoigne l’illustration de la pluridisciplinarité de Jean Cocteau par sa transformation en un Shiva artiste, fumeur et penseur via une mise en scène flagrante. Son association avec le paranoïaque critique Dali vient s’inscrire directement dans cette optique : chez Philippe Halsman, la photographie vient supporter, si ce n’est créer, le mythe.

Alors oui, certes, il nous est bien difficile de ne pas fondre devant le regard de biche d’une Audrey Hepburn ombragée les branches fines d’un olivier, et la simple présence du Duc et de la Duchesse de Windsor sur les cimaises comble notre âme d’enfant, émerveillée devant ces êtres érigés en références dans notre société. Pourtant, au travers de centaines d’œuvres originales, planches contact, clichés de coulisses, magazines anciens et timbres-poste, l’exposition nous plonge dans l’univers fascinant d’un homme que l’on aurait tort de réduire à ses plus grands succès.

 Andy Warhol, 1968 © 2015 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos

Andy Warhol, 1968 © 2015 Philippe Halsman Archive / Magnum Photos

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Philippe Halsman. Etonnez-moi !

Jusqu’au 24 janvier 2016 au Jeu de Paume
Du mardi au dimanche de 11h à 19h (nocturne jusqu’à 21h le mardi)
Plein tarif : 10€ ; Tarif réduit : 7€
1 place de la Concorde, Paris 8e
http://www.jeudepaume.org
#Halsman

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