Le Grand Jeu, thriller américain et monologues à la française

Le Grand Jeu est une intrigue politico-judiciaire mêlant malhabilement histoire d’amour, réflexions post-soixante-huitardes et thriller angoissant. Si le film est divertissant et se laisse regarder, on est tout de même gêné par un certain nombre de maladresses qui rendent le scénario bancal. 

© Bac Films

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Pierre Blum est un écrivain déchu. Ayant connu le succès dans sa jeunesse avec un livre best-seller, il n’a plus jamais réécrit et se morfond dans une cynique décrépitude, symbolisée par un divorce et une chambre de bonne miteuse. Un jour, il rencontre un mystérieux inconnu qui lui propose un marché. Bien que flairant quelque chose de louche mais appâté par l’argent, Pierre accepte et se retrouve rapidement mêlé à un scandale politique. Menacé, il quitte Paris à la recherche d’un refuge, et se retrouve à se chercher lui-même. 

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Ce récit aurait pu être haletant. D’ailleurs, on retrouve dans le film les tics des polars : la course poursuite, l’effet de surprise, l’ambiance esthétique sombre… Malheureusement, l’installation de la trame trop longue et l’arrivée trop peu réaliste de l’élément déclencheur de l’intrigue peine à insuffler la vie et la matière au film. Un écrivain qui n’a rien écrit depuis dix ans soudain écrit en quelques semaines un roman d’enquête, dont la sortie provoque des exécutions sans sommation dans les plus proches cercles de la République… On a du mal à trouver tout cela plausible. Et c’était sans compter sur l’addition d’une histoire d’amour sans alchimie qui se greffe de façon gauche sur ce synopsis. 

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Les éléments se suivent et ne s’allient pas, faisant d’autant plus ressortir les faiblesses du film qui deviennent alors trop frappantes, filles de la fragmentation du scénario. Il en résulte que les scènes réussies passent également à la trappe, ce qui est dommage. En somme, il manque un liant à cette histoire. Le fil narratif ne tient pas debout et c’est ce qui entraîne un certain nombre de problèmes, au premier rang desquels le timing, qu’on ne parvient pas à intérioriser. L’intrigue est un peu creuse, et on est gêné par les monologues utopistes des personnages, qui encore une fois ne s’intègrent pas au canevas policier. Le réalisateur semble s’emmêler entre une histoire d’amour et un thriller politique sans savoir des deux lequel choisir.

Les acteurs sont bons malgré tout, même si ce n’est pas vraiment une surprise : Dussollier, qui porte le film, n’a plus besoin de faire ses preuves. Melvil Poupaud est également assez convaincant dans son rôle d’adolescent attardé mêlé d’adulte cynique. En revanche, déception pour Clémence Poésy qui accroche peu l’écran, reste en deux dimensions sur la toile blanche et ne parvient pas à donner sens à son personnage dans le film, à le fondre, créer l’amalgame entre les deux sources narratives.

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Pour un premier long-métrage, on a le sentiment que Nicolas Pariser meuble le temps avec des longues conversations intellectuelles assez inaccessibles et des discussions vides de sens, ou au contraire pas assez subtiles, trop rapides. On sent une certaine difficulté du scénario à rattacher les pièces du puzzle ensemble ; puisque celles-ci s’emboîtent mal, on tombe dans la facilité – Gibert Joseph, connecting people. 

Le Grand Jeu part de la bonne idée de mêler un thriller angoissant américain et une torpeur de dialogues toute française, mais le film se noie dans ses propres contradictions, le rythme ne prend pas, et finalement, nous n’arrivons pas à accrocher pleinement au récit, la faute au manque de vraisemblance et aux raccourcis de scénario. 

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Le Grand Jeu, de Nicolas Pariser
Avec André Dussollier, Melvil Poupaud, Clémence Poésy…
Distribution Bac Films
#LeGrandJeu
Durée : 1h39

Sortie : 16 décembre 2015 

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