A Vincennes, la Sainte-Chapelle rayonne

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© Louise Ganesco Deglin – JBMT

L’architecture médiévale possède une place particulière au sein de l’imaginaire collectif. Elle est celle d’un passé érigé en symbole national, dont on rejette généralement les aspects triviaux, envisagés comme sombres et insalubres, pour se focaliser sur la délicatesse rarement égalée des édifices érigés du XIIIe au XVe siècle.

Cette fascination n’est pas apparue sans raison : il est vrai que la France, en particulier la région parisienne, a été ponctuée de véritables chefs-d’œuvre bâtis après le Haut Moyen-Age par les plus grands souverains, à commencer par saint Louis. C’est lui qui, en 1238, acquiert auprès de l’empereur byzantin alors endetté les reliques de la Passion du Christ, dont une partie restera à Vincennes – occasionnant 150 ans plus tard la création de la Sainte-Chapelle de cette cité.

Mais qu’est-ce qu’une Sainte-Chapelle? Gabor Mester de Parajd, architecte en chef des monuments historiques en charge de la restauration du donjon et de la chapelle de Vincennes, nous rappelle les critères en question : l’édifice doit être construit à proximité d’un palais royal, par saint Louis ou l’un de ses descendants directs ; il doit conserver des reliques de la Passion, suivre un modèle architectural précis (une nef unique, un chevet à pans coupés) et accueillir une confrérie de chanoines toute l’année. Seules la Sainte-Chapelle de la Cité et celle de Vincennes, de fondation royale, perdurent aujourd’hui.

Alors que celle de Paris est l’œuvre de Louis IX, c’est Charles V (r. 1364-1380), grand monarque et commanditaire, qui va décider d’agrémenter le château de Vincennes où il était installé d’une Sainte-Chapelle. Initiée à la fin de son règne, celle-ci ne sera cependant inaugurée qu’en 1552, faisant alors état de nombreuses adjonctions postérieures.

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© Louise Ganesco Deglin – JBMT

Concentrons-nous sur sa façade occidentale, parangon du style Gothique Flamboyant qui caractérisa la production architecturale à partir de Charles V : une véritable dentelle de pierre, ondulante et radieuse. Deux gables (partie triangulaire dominant les arcs brisés) s’y superposent, à la manière de deux pointes ajourées dressées vers le ciel ; l’effet allongeant qui s’en suit devait être renforcé à l’époque par la flèche dominant l’édifice, détruite par la foudre en 1786. Au centre de cet ensemble trône une rose, gigantesque, formée par ce que l’on nomme des soufflets et mouchettes – à savoir des formes fluides s’emboîtant l’une dans l’autre et rappelant des flammes. D’où l’idée de Gothique Flamboyant !

Seulement cette composition, pleine d’adresse et parvenant à conserver l’équilibre entre raffinement et surcharge, était encore récemment menacée suite à des chocs multiples et un état de délabrement général (à tel point que les crochetons de la façade ont pu être détachés à la main !). C’est pour cette raison que le Centre des monuments nationaux a initié au mois d’avril une campagne de restauration de cette façade principale, composée au total de onze lots.

Ainsi, le remplage de pierre des baies a dû être refait, les joints métalliques repris (selon l’usage médiéval, le plomb permettant à la façade de « bouger » sans s’effondrer), le plombage des vitraux mis à neuf. Chacun des composants étant unique, il a fallu prendre les mesures de chaque arc, lobe, plan de joints… et apporter un soin particulier à tous les éléments sculptés pour conserver leur ciselure, rapprochant l’architecture d’une orfèvrerie grandeur nature. Un projet d’envergure qui se poursuivra à partir de janvier par la restauration des vitraux du chœur, datés du règne d’Henri II et illustrant l’Apocalypse selon saint-Jean.

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© Louise Ganesco Deglin – JBMT

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Sainte-Chapelle de Vincennes
Avenue de Paris – 94300 Vincennes
http://www.vincennes.monuments-nationaux.fr
Du 23 septembre au 20 mai, accès à la Sainte-Chapelle de 10h30 à 13h et de 14h à 16h30
Plein tarif : 8,50 € – Tarif réduit : 6,50 €

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