Berlin Baby

« Elle répondit : Berlin, baby ! », nouveau roman de l’écrivain Amélie Vrla, nous plonge dans la capitale allemande et sa fièvre événementielle. Avec une écriture un peu automatique et souvent découpée qui s’accommode bien à ces nouvelles brèves et ces fragments de vie hachurés, le recueil décrit de manière délicate et personnelle les ravages insidieux que fait la drogue sur les oiseaux nocturnes berlinois, venus d’ici ou d’ailleurs. 

IMG_3318.jpgLe moins qu’on puisse dire, c’est que Berlin a le vent en poupe pour notre génération. Qui n’a pas entendu parler des folles soirées de la ville, des boîtes de nuit toutes plus loufoques les unes que les autres, des conceptions toujours plus novatrices et toujours plus dingues, qui trouvent leur place dans les émissions tardives d’Arte… Berlin fascine par son modernisme, son activité de nuit, ses musiques expérimentales, ses concerts conceptuels, ses clubs déjantés, ses fêtards du bout de la nuit. 

Pourtant, il y a un envers du décor, et c’est ce qu’Amélie Vrla tente de montrer dans son livre. Elle tente de pointer du doigt les lendemains de ces soirées folles, les rapaces nocturnes laissés sur le carreau, ravagés par la nuit et devenus sensibles à la lumière diurne, insensibles au monde qui les entoure. Amélie Vrla s’efforce de retranscrire le décalage que créé l’usage des drogues qui sont censées rendre plus sympa, plus social, plus cool, mais qui finalement font rentrer dans un moule où plus personne ne se sent vraiment bien, où plus personne ne s’en rend vraiment compte.  

Berlin Baby nous raconte des tronçons de vie, voire moins, des moments. Il nous raconte ce qui se passe derrière la façade, derrière la fascination, derrière les murs. Les vies détruites, les compagnons abandonnés, mais aussi une certaine solitude, un aspect sectaire de ceux qui veulent vivre la vie « à fond » s’enivrer jusqu’à plus soif et au delà encore, ces épaves qui refusent qu’on leur dicte toute loi, mais finissent par imposer la leur à leur entourage. L’auteure raconte ce fossé entre la vie nocturne et la réalité de la vie. Elle parle aussi d’amour, de désir, d’abandon, de sacrifices dans la vie de ces personnages, tous différents mais tous semblables. 

« MD. La drogue qui rend social, amoureux…
Quand c’est avec Selia qu’il est derrière le bar…
Non, ce n’est pas cette drogue qui le poussera dans les bras d’une autre. Son amour pour elle est profond, et non illusoire. Elle sait sa fougue, sa sincérité, les ressent. Là n’est pas le problème, le problème, c’est – On avait dit qu’on n’en parlait plus, on avait dit qu’on laissait couler. Aujourd’hui, ce soir, cette nuit, on avait dit qu’on arrêtait. Alors on arrête. 
Enfin… on essaie. » (p.25)

Le style saccadé de la jeune femme décrit avec habileté les instants décousus de ceux dont la mémoire n’est plus un long fleuve tranquille et la vie n’est plus une continuité fluide. Les heures sont faites de minutes entrecoupées, saccagées, qui s’enchaînent sans se suivre, rendent toutes les histoires décousues. On pourra regretter parfois certains tics un peu clichés chez les protagonistes, certains personnages pourraient avoir plus de caractère, plus de volonté ou d’énergie, mais peut-être est-ce simplement le comportement que nous, lecteur, voudrions leur prêter, leur offrir.

Amélie Vrla parle des oubliés et des laissés-pour-compte qu’on a tendance à perdre dans l’excitation fébrile d’une vie de jeunesse et d’excès. Elle nous rappelle les dangers de cette fébrilité dans laquelle notre jeunesse est trop tombée. Elle nous rappelle qu’il y a autre chose derrière la fête, derrière l’ivresse enchanteresse, derrière la façade médiatique et enjoliveuse de Berlin, ville de liesse : il y a de l’humain. 

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Elle répondit : « Berlin, baby ! ». Chroniques de la drogue ordinaire, par Amélie Vrla
Edition L’Harmattan
14,50 €
En librairie. 

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