Les filles médiévales, pas moyenâgeuses

Voilà un film bien doux. Les filles au Moyen-Âge d’Hubert Viel est une jolie parenthèse cinématographique dans un panorama de Césars et Oscars écrasants. 

014766.jpgLes filles au Moyen-Âge est un film calme, qui prend son temps à l’image du sage Michael Lonsdale qui, dans sa ridicule veste bleue et blanche, se meut avec difficulté du lit au canapé, courbé sous le poids de son grand âge et surtout son extraordinaire et magique savoir. Il raconte l’histoire de trois très jeunes filles et leurs comparses masculins, qui vont bientôt en apprendre plus sur eux-mêmes et sur le temps d’avant.

Le film de Viel est sans prétention, ou plutôt il n’est pas prétentieux – un genre de film salutaire qui se fait plutôt rare de nos jours. Il se joue de ses imperfections. Pas de décor grandiose, pas de grandiloquence, pas de stars, pas de dialogues ampoulés, non rien de tout cela. A la place, de la magie, créée de costumes de bric et de broc, de comédiens en herbe à la diction un peu forcée, d’une histoire simple, d’une musique minimaliste, de décors naturels en extérieur, ou faits de cartons et tissus. Juste un grand-père qui raconte une histoire. Juste l’histoire d’un conte. C’est un film très simple, pur, mais pas pour autant facile. 

L’histoire qui nous est contée est très riche. Les filles au Moyen-Âge nous parle tant du monde de l’enfance, que de la mondialisation, que de la nostalgie, que de l’histoire de France et que du féminisme. Impressionnant pour un film dont le fil conducteur n’est ni plus ni moins que le récit d’un conte par un grand-père à ses petits enfants. Mais il nous rend spectateur d’une histoire bien singulière, celle des femmes et des jeunes filles au Moyen-Âge. Pas les princesses de Disney fades et soumises, amoureuses hébétées de princes parfaits et condescendants. Non, les vraies filles du Moyen-Âge, qui sont savantes et fières, puissantes et ouvertes. Ces filles là sont reines, guerrières, sorcières, mères, érudites. Elles sont fines, intelligentes, exigeantes, en avance. C’est d’elles dont on veut nous entretenir.

On se laisse petit à petit bercer par le film. Au début, c’est un peu déroutant certes mais on finit par se faire doucement porter par le courant. Le film est drôle et fin. Les enfants sont délicieux et nous font retomber dans l’enfance, sans que l’on y parvienne tout à fait. Dans leurs habits d’un autre temps, ils sont pourtant bien modernes et le contraste, délicat et d’une drôlerie douce et subtile, est parfaitement réussi. La séance passe comme un après-midi sous un soleil de printemps, teinté de la nostalgie d’un paysage rural vierge de civilisation, dans la torpeur douce et chaude des rayons de l’astre ; on en sort apaisé.

Hubert Viel nous prouve qu’on peut faire beaucoup avec peu, qu’on n’a pas besoin du grandiose pour faire du beau, et qu’on peut en dire énormément avec une trame toute simple. Pour moi, c’est ça aussi, du grand cinéma.

554445.jpgJ’aurais beaucoup aimé vous inviter à aller voir le film au cinéma. Malheureusement, c’est déjà pratiquement mission impossible – en tout cas, à Paris. Ô toi film d’auteur à petit budget et petite production, original, économique, inventif, innovant, tu ne feras pas long feu dans les cinémas de la capitale, tristement asservis à la dictature de la rentabilité et du profit – et des blockbusters. La semaine de sa sortie, le film a été diffusé dans trois salles, et déjà ce mercredi, il ne passe pratiquement plus, ou bien à des horaires improbables. Pourtant, Les Filles au Moyen-Âge est une jolie fable, suave et pure, drôle et didactique, où l’on se surprend à rêver. 

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Les filles au Moyen-Âge, un film d’Hubert Viel
Avec Michael Lonsdale, Chann Aglat, Léanna Doucet, Malonn Lévana, Camille Loubens, Jolhan Martin, Noé Savoyat.
Production Potemkine films et Artisans du film.
Bande-annonce 

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