Julieta

Sûrement avez-vous entendu dire que le dernier Almodovar est nul, que ce n’est plus la peine d’aller voir ses nouveaux films, qu’il est fini. C’est vrai qu’on aurait pu le penser, en particulier en regardant le navrant navet précédent. De toute manière, il y en a toujours eu pour détester cet espagnol qui se prend pour un grand du cinéma à défaut d’être grand d’Espagne (pour l’instant). Il est vrai, également, qu’il nous avait plus ou moins habitués à nous présenter des variations des thèmes qui l’obsèdent, mais on avait, chaque fois, l’agréable surprise de regarder un film nouveau, plein d’astuces inattendues et d’excès comme il en a(vait) le secret.

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Julieta, Pedro Almodóvar © Pathé Distribution, via Allociné

Avec Julieta on a l’impression de revoir un film fait des anciens films. On a l’impression de voir le film d’un type qui a fait quelques chefs-d’oeuvre, obligé presque d’en faire un autre, mais qui ne sait plus quoi faire (il a joué à cela déjà, Almodovar, ce n’est pas la première fois que son inspiration lui joue des tours), alors il décide de prendre des bouts des films qu’il a déjà fait et de les recoller à la monteuse. Le recollement c’est aussi une de ses obsessions.

Il y a l’amour, les scènes un peu olé olé, les transports, les tunnels, les rues de Madrid, la mère, la fille, la perte, la disparition, le côté clinquant des choses, le côté faux, le concierge madrilène, la voix off de l’actrice qui raconte l’histoire, les acteurs qu’on reconnaît, les drôles de têtes, les hôpitaux, les voitures sur les routes d’Espagne, les morts, les références littéraires, les flash back, la femme qui écrit, l’écrivain qui voyage, les noms symboliques, les renaissances, les reconnaissances, le boléro de la fin, etc., etc.. Mais puisque c’est Almodovar, c’est normal. Et, d’une certaine manière, si la magie d’un Volver ou d’un Parle avec elle n’y est pas, le film nous emmène jusqu’au bout, sans l’émotion espérée, sans surprises, sans le pathos habituel chez Almodovar, mais il réussit à nous faire sentir une certaine empathie pour cette femme orpheline ou veuve de ses amours.

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Julieta, Pedro Almodóvar © Pathé Distribution, via Allociné

L’âge de sagesse, disait un critique à propos du film, peut être. Peut être une manière plus sage, plus résignée aussi, de creuser le même sillon pour y semer des nouvelles graines. En tout cas, il se retrouve dans ce film, il peut s’y regarder et nous pouvons attendre, après avoir regardé Julieta, qu’il trouve pour le prochain un nouveau soc pour creuser.

Leonardo T.

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Julieta, Pedro Almodóvar
Avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao…

Durée : 1h39
Pathé Distibution

Bande-annonce sur Allociné 

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