The Political Line : Histoire d’un Indigné

Tout le monde ne connaît pas Keith Haring, ou du moins ne sait pas en prononcer correctement le nom (un vrai challenge, nous sommes d’accord ?). Pourtant, tout le monde a déjà vu l’un de ses dessins quelque part, généralement sur un quelconque produit dérivé. Les deux expositions qui lui sont dédiées à Paris ce printemps (au Musée d’art moderne de la Ville de Paris et son prolongement au CENTQUATRE) sont donc pour nous l’occasion d’en apprendre plus sur cet artiste d’origine roumaine, américain d’adoption, figure majeure des années 80 et de toute la culture populaire qui leur est associée.

1334086159keith-haring1Le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris (soyons fous, utilisons l’abréviation « MAM ») a déjà fait ses preuves en termes de scénographie : il suffit pour cela de faire un tour dans les magnifiques salles des collections permanentes, véritables havres de paix et d’harmonie ; profitons-en pour louer le calme proportionnel à la qualité du département mobilier, où il fait toujours bon flâner.

Mais présenter les œuvres de Keith Haring sans en dénaturer l’essence, celle d’un art de rue touchant tout le monde mais n’appartenant à personne, relevait du véritable défi. L’exposition a pourtant magistralement réussi à lier street art et beauté muséale, à recréer l’environnement pour lesquelles elles ont été faites tout en allant plus loin que la simple imitation : les habituels murs et cubes blancs alternent avec des parois anthracite vibrant au rythme d’une musique hip-hop, une salle particulièrement étonnante met en avant la peinture fluorescente qu’utilisait l’artiste à l’occasion par le biais d’une lumière noire.

© Melmelboo

© Melmelboo

Et pour ceux qui seraient encore sceptiques quant au déracinement des peintures et autres dessins du jeune homme, il faut signaler que d’innombrables travaux exposés sont issus de collections particulières – donc qu’ils ne dépassent que rarement la sphère du privé, sauf lors de leur prêt à des musées.

Nous ne nous attarderons pas sur la vie de Keith Haring, car d’une part il n’en est pas véritablement question ici, et d’autre part car il me paraît bon de garder un certain flou pour apprécier pleinement sa (re)découverte au travers de l’exposition. Les œuvres que l’on y trouve sont très nombreuses, s’inscrivent sur des supports divers et proviennent de multiples collections. En bref, elles permettent d’avoir une vision d’ensemble juste, si ce n’est exacte du travail de Keith, tout en appréciant sa dextérité quand il s’agit de travailler sur les contrastes de couleurs et de matériaux (mention spéciale pour les immenses jarres en terre cuite, surprenantes aux côtés de bâches plastiques d’un jaune à vous réveiller un ours en hibernation).

Keith-Haring

Les textes explicatifs ont l’avantage de n’être ni alambiqués – ce qui est selon moi le cas dans l’exposition « Allemagne » au Louvre – ni trop simplistes, étoffés mais pas trop. Il m’a semblé que les commissaires ont cherché à nous donner les clés essentielles à la compréhension de l’œuvre de Keith Haring, fournissant par exemple la signification des motifs récurrents comme le « barking dog » (un chien aboyant, symbole de la police) sans pour autant nous dicter une interprétation unique. Chacun est libre de voir dans ces lignes ce qu’il souhaite, et c’est justement ainsi que l’artiste pensait son art : il fournit des pistes, à chacun de composer à partir de ces dernières.

La visite suit un parcours thématique clair et logique, permettant d’aborder tous les aspects de son art, voire de sa pensée. Indigné, téméraire et éclairé, Keith Haring nous pousse à oser. Que son esthétique nous séduise ou non, cette exposition au MAM demande à être vue car elle aborde moins un art qu’un homme révolté, ses questionnements et ses idées.

Unfinished Painting

Unfinished Painting

Louise

Keith Haring : The Political Line

Publicités